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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

vendredi 6 avril 2018

Éducation européenne de Romain Gary

Mon exemplaire du livre de Romain Gary Éducation européenne est un de mes trésors, une édition de 1946 retrouvée dans un carton chez mes grands-parents que je garde avec amour sur une belle étagère (alors que mes livres moins précieux gisent en piles dans la réserve de mes parents). C'est un trésor affectif que je n'avais pas encore lu et le contenu des pages est tout aussi précieux à mes yeux aujourd'hui !



Quatrième de Couverture
La cachette fut terminée aux premières lueurs de l'aube. C'était une aube mauvaise de septembre, mouillée de pluie ; les pins flottaient dans le brouillard, le regard n'arrivait pas jusqu'au ciel. Depuis un mois, ils travaillaient secrètement la nuit : les Allemands ne s'aventuraient guère hors des routes après le crépuscule, mais de jour, leurs patrouilles exploraient souvent la forêt, à la recherche des rares partisans que la faim ou le désespoir n'avaient pas encore forcés à abandonner la lutte. Le trou avait trois mètres de profondeur, quatre de largeur...

Mon avis
Éducation européenne est le premier roman publié en 1945 de Romain Gary, sous ce nom, écrit durant la Seconde Guerre Mondiale (automne 1943), alors qu’il combat depuis Londres en tant qu’aviateur dans le groupe Lorraine.

Janek Twardowski est un jeune adolescent polonais qui, avec l’aide de son père, creuse une cachette dans la forêt sous l’occupation allemande. Lorsque son père ne revient pas le voir après plusieurs jours, Janek comprend que quelque chose de grave est arrivé alors il sort de sa cachette, comme convenu avec son père, et part à la recherche des partisans, ce groupe de résistants qui se terrent aussi dans la forêt. Le jeune polonais trouve une nouvelle famille avec laquelle il résiste face à l’ennemi, crevant de faim et de froid, cherchant la moindre note d’espoir pour continuer le combat, attendant que les Russes prennent le dessus à Stalingrad.

Romain Gary nous offre une œuvre forte, pointant du doigt l’horreur de la guerre, de l’occupation, l’horreur humaine, surtout. Les hommes sont prêts à tout pour survivre, pour briller, pour grappiller encore un peu de vie. Les morts s’entassent, s’accumulent, finissent par être plus nombreux que les vivants. L’espoir semble à chaque page s’échapper, glisser comme le temps, comme la vie. Pourtant, il est bien là, à travers un sac de patates, dans l’amour naissant, dans la vie transmise par les naissances, dans la chaleur précaire d’un feu, dans les notes de musique s’échappant d’un piano ou d’un violon.

Le récit oscille entre le quotidien des partisans et les récits de Dobransky, un ancien étudiant qui écrit un livre célébrant l’Europe, véhiculant chaque soir une touche d’espoir au groupe. Ce livre qu’écrit leur chef les fait finalement tenir un peu plus, décrivant la solidarité, la résistance aux quatre coins de cette Europe meurtrie, qui saigne mais qui lutte encore. Ils espèrent, ensemble, que la bataille de Stalingrad sera victorieuse et qu’elle annoncera la fin de la guerre et du joug de l’ennemi.

Cet ennemi, justement, que Janek découvre au fil du temps, qu’il sait peu à peu être comme lui, être composé d’hommes faisant leur devoir envers leur patrie. Pourquoi les Allemands acceptent-ils ces ordres inhumains ? Pourquoi massacrent-ils les populations ? Pourquoi ne se rendent-ils pas compte du manque d’humanité de leurs actions ? Parce que c’est la guerre, la guerre qui fait ressortir ce qu’il y a de plus laid dans l’humanité, la cupidité, l’instinct de survie passant par l’égoïsme. Mais aussi la résignation, ce moment où, alliés comme ennemis, savent quand leur heure est arrivée et où ils acceptent leur sort dignement, pensant aux autres.

L’Europe est au centre du roman, à travers les écrits de Dobransky ou l’espoir qui fait tenir les partisans : cette Europe meurtrie, qui se bat contre la folle conquête des Allemands, qui suffoque mais tient bon autant que possible. Et c’est toute la beauté du roman : les nationalités ne font plus qu’une dans cette lutte contre l’oppresseur, contre l’horreur meurtrière. Cette nationalité européenne qui s’est battue jusqu’au bout.

Malgré toute l’horreur, tous les morts, toute la douleur qui ornent les pages de ce livre, c’est l’espoir qui triomphe, cet espoir qui rappelle que l’humanité peut finir par prendre le dessus. Mais à quel prix ? Le titre me semblait étrange avant la lecture, il prend tout son sens une fois la dernière page achevée. Non pas par la mise en abîme avec le roman de Dobransky mais parce que Éducation européenne célèbre cette union entre les forces de résistances, dictée à l’origine par les alliances ayant engagé les différents pays dans cette guerre. Éducation européenne célèbre le peuple européen qui s’est soulevé autant que possible contre la folie d’Hitler et de ses forces armées. Éducation européenne est un témoignage fort, écrit alors que la guerre n’était pas terminée, qui rappelle d’où revient le peuple européen.

Et, finalement, c’est roman à lire actuellement, parce que les temps sont troubles, parce que la peur de l’autre semble à nouveau croître, parce que l’union des peuples d’Europe semble se défaire et cela n’annonce rien de bon. L’espoir tient dans l’humanité, cette humanité capable du pire comme du meilleur.

« - Je me demandais alors : comment le peuple allemand peut-il accepter cela ? Pourquoi ne se révolte-t-il pas ? Pourquoi se soumet-il à ce rôle de bourreau ? Sûrement des consciences allemandes, blessés, bafouées, dans ce qu'elles ont de plus élémentairement humain, se rebellent et refusent d'obéir ? Quand verrons-nous donc les signes de cette rébellion ? Eh bien ! là-dessus, un jeune soldat allemand est venu ici, dans la forêt. Il avait déserté. Il venait se joindre à nous, se mettre de notre côté, sincèrement, courageusement. Il n'y avait aucun doute là-dessus : c'était un pur. Ce n'était pas un membre du Herrenvolk : c'était un homme. Il avait suivi l'appel de ce qu'il y avait de plus simplement humain en lui, arrachant son étiquette de soldat allemand. Mais nous n'avions d'yeux que pour ça, pour l'étiquette. Nous savions tous que c'était un pur. On la sent la pureté, lorsqu'on la rencontre. Elle vous crève les yeux, dans toute cette nuit… Ce garçon était un des nôtres. Mais il y avait l'étiquette.
- Alors ?
- Alors, nous l'avons fusillé. Parce qu'il avait cette étiquette sur le dos : Allemand. Parce que nous en avions une autre : Polonais. Et parce que la haine habitait nos cœurs... Quelqu'un lui avait dit, en matière d'explication ou d'excuse, je ne sais : "c'est trop tard". Mais il avait tort. Ce n'était pas trop tard. C'était trop tôt…
»

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

2 commentaires:

  1. Olala, mais cet extrait que tu as mis, ça me bouleverse !

    J'ai beaucoup aimé les romans de Gary que j'ai lu, et sachant que celui-ci est le premier, je le lirai forcément. Merci pour ta chronique qui en dit long !

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    Réponses
    1. C'est un extrait qui m'a aussi beaucoup touchée ♥
      Tu verras, les passages où le chef des partisans lit le livre qu'il écrit sont aussi chargés en poésie et émotion !

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