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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

mercredi 11 avril 2018

La Métamorphose de Franz Kafka de Corbeyran et Horne

La Métamorphose de Franz Kafka de Corbeyran (scénariste) et Horne (illustrateur) est une BD adaptée de la nouvelle de Franz Kafka que j’ai déniché d’occasion au merveilleux Trouve Tout du Livre, librairie insolite pour laquelle j'ai déjà écrit un article à lire ici. La couverture toute en contraste m’a tout de suite attirée et la dédicace pour une certaine Aurélie (comme moi eheh) m’a confirmé que cette BD était pour moi !



Quatrième de Couverture
Comme chaque matin, Gregor, employé modèle, s'apprête à aller au travail. Mais à son réveil, il aperçoit son corps doté d'une lugubre carapace de coléoptère. Gregor croit d'abord à un mauvais rêve. Pourtant la métamorphose est bien réelle. Il ne quittera plus cet aspect, vivotera sa vie d'insecte tout aussi inoffensif qu'innocent, pour finir écrasé comme de la vulgaire vermine.

Mon avis
La Métamorphose de Franz Kafka met en scène Gregor qui se réveille un matin transformé en insecte et dont les seules préoccupations à ce moment-là sont « comment faire pour aller travailler ? » ou encore « je vais être en retard ». Lorsque sa famille découvre sa nouvelle apparence, tout bascule car il se rend compte que le problème de la ponctualité n’est rien en comparaison du reste…

N’ayant jamais lu la nouvelle de Kafka, je ne vais pas faire une comparaison des deux œuvres et me contenter d’une chronique sur cette BD, sans savoir si elle est fidèle ou non à l’œuvre d’origine.

L’ambiance de la BD est sombre, très sombre, Gregor concentre, complètement noir, est une grande part de cette obscurité au fil des pages. Et cela colle parfaitement au scénario qui s’étend du début à la fin de la BD : ce n’est pas qu’une descente aux enfers puisque la vie de Gregor n’était déjà pas lumineuse. Mais pourquoi donc ?

Gregor, fils aîné ayant une jeune sœur, subvient aux besoins de toute sa famille. Sa mère s’occupe de la maison, sa sœur vie comme une adolescente qui reste éloignée des soucis d’argent et son père se laisse aller, laissant son fils s’occuper de ramener l’argent. Gregor travaille sans relâche, pour un patron qui n’est pas reconnaissant, passant des heures sur ses dossiers, à traiter avec des clients qui n’ont aucune considération pour lui. Mais sa gloire, elle tient dans le fait de permettre à sa famille de vivre, de voir que, grâce à son travail, le pain est sur la table, le loyer du grand appartement est payé et que tout le monde lui en est plus ou moins reconnaissant.

Le jour où il ne peut plus aller travailler, à cause de sa métamorphose, tout bascule. Sa mère ne supporte pas sa vue, son père ne voit en lui qu’un poids inutile et sa sœur, elle, et la seule à tenter de le considérer encore comme un membre de la famille. Le temps passe, l’argent manque mais, surtout, Gregor devient une bouche à nourrir inutilement, une bouche qui fait fuir tout le monde, qui pousse la famille à vivre recluse.

Le père va se remettre à travailler pour tenter de payer le loyer, la mère va tout faire pour ne pas apercevoir ce fils qu’elle considère perdu et, la sœur, va peu à peu changer de position. Et c’est finalement la métamorphose de cette famille qui se produit au fil des pages, celle de Gregor ayant eu lieu dès le départ. D’une famille ne comptant que sur le fils aîné, nous passons à une famille qui se démène pour continuer à vivre et qui se retrouve à vouloir plus. Et pour avoir plus, il faut se débarrasser du fardeau qu’est Gregor, représentant la différence dans cette BD, l’être qui ne ressemble pas au moule attendu et qui vit le rejet, la stigmatisation. La métamorphose de cette famille, qui ne peut plus compter sur le travail de l’aîné, est évidente et reflète à la perfection notre société : ils n’ont plus besoin de Gregor et se désintéressent de lui puisqu’il leur fait honte. Ils ne lui sont en rien reconnaissants du travail qu’il a fourni pour eux. C’est d’une tristesse infinie, surtout parce que tout rappelle la réalité actuelle, les gens « différents » laissés de côté, les gens dont l’utilité n’est plus et pour qui nous n’avons même plus un regard.

La notion de temps est aussi fortement présente dans cette BD, à travers l’angoisse du retard pour Gregor au début, puis les jours qui passent sans qu’on ne puisse les dénombrer mais qui semblent longs, interminables, où nuits et jours se confondent… Ce temps aussi, considéré comme perdu par cette famille qui n’est plus capable de vivre normalement avec la présence de Gregor… Ce temps s’apparente fortement au monde du travail, au fait qu’il faut rentabiliser son temps à défaut de le considérer comme perdu, chose que les membres de cette famille ne semblaient pas réaliser jusqu’au moment où ils ont dû eux-mêmes mettre la main à la pâte. Comme un rappel de la stigmatisation de cette « société d’assistés » dont on nous parle sans cesse dès qu’il s’agit de trouver des responsables de la difficulté de la vie quotidienne.

La Métamorphose de Franz Kafka est une BD qui traite d’un problème actuel, dont la nouvelle d’origine a déjà plus d’un siècle. Un siècle et on se demande encore si le monde a changé et si nous avons réellement évolué. Une BD qui pousse à réfléchir et qui atteint parfaitement son but, avec des dessins inquiétants, des personnages déformés par leurs préjugés et leur égoïsme. Une lecture que je ne regrette pas !


Petite dédicace qui, c'est sûr, m'était destinée !


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 7 avril 2018

Amélia : Une vie, deux guerres de Manuel Santos et Pascale Malevergne

Ce livre, je l’ai acheté pour son histoire et parce qu’il a été publié par une petite maison d’édition de Perpignan qui transmet l’histoire et la littérature pyrénéenne, française et espagnole : Mare nostrum éditions.



Quatrième de Couverture
Amélia Santos est née en 1918 dans une famille espagnole de paysans pauvres. Sa jeune vie d’adulte débute avec la terrible guerre d’Espagne. C’est dans la clandestinité qu’elle quitte ensuite la Catalogne avec son fils âgé de six mois pour rejoindre son mari, soldat républicain réfugié en France. Elle est loin d’imaginer les épreuves qui l’attendent alors : arrestation au Perthus, camps d’internement de Saint-Cyprien et de Rivesaltes, évasion, Deuxième Guerre mondiale… Ce récit est un hommage que son fils, Manuel, lui rend peu après sa disparition en 2012, pour saluer la volonté de cette femme-courage marquée par l’histoire tragique du XXe siècle.

Mon avis
Amélia : Une vie, deux guerres est un hommage rendu par Manuel Santos à sa mère, une femme qui a tout quitté pour retrouver son mari, réfugié en France, alors que la guerre civile espagnole écrasait chaque jour un peu plus les républicains.

Amélia est une jeune femme au caractère fort et au courage sans borne. Sachant pertinemment que son statut de femme d’ennemi du régime franquiste risquait de mettre à mal sa famille, elle a décidé de traverser illégalement la frontière, passant par les Pyrénées avec son bébé dans les bras. La France, c’est l’espoir de liberté, l’espoir de reprise de forces pour les Républicains acculés de toute part. Mais dans un contexte tendu, la France devient une deuxième prison pour ces Espagnols qui fuient leur pays et sont envoyés dans les camps des bords de mer.

Comme tant d’autres, Amélia a dû se battre pour s’échapper d’Espagne puis pour survivre dans ces camps où les rations étaient précaires, où les constructions sommaires résistaient mal au vent qui balayait les plages catalanes françaises. Aidée par les amis qu’elle s’est fait là-bas, elle réussit à s’enfuir et fait un autre voyage pour enfin retrouver son mari, envoyé dans les mines. Ensemble, ils déménagent encore, au grè du travail, des endroits où la main d’œuvre espagnole est utile. Ils se construisent une vie, s’intègrent…

Puis la Seconde Guerre Mondiale s’installe et la méfiance envers l’autre revient, les Espagnols ayant fui Franco sont vus comme des communistes, un autre ennemi parmi d’autres. Les étrangers sont toujours les premiers stigmatisés, les premiers sur qui l’on reporte la faute.

Amélia : Une vie, deux guerres n’est pas un livre que j’ai lu pour sa qualité littéraire mais pour son contenu. C’est un court témoignage, peu approfondi mais qui suffit à se rappeler du passé, à comprendre comment les Espagnols ont lutté pour se faire une place dans une Europe dont le déchirement n’a cessé de prendre de l’ampleur. Toutes ces guerres qui ont marqué le XXè siècle ont façonné le monde mais, surtout, ont montré l’horreur humaine d’un côté, la solidarité qui faisait contre poids d’un autre.
J’aurais aimé que le récit soit plus fouillé, que les détails soient plus nombreux aussi et que les événements s’enchainent moins vite mais le fils d’Amélia a sûrement conté ce qu’il savait, ce qu’il avait réussi à glaner dans la mémoire de sa mère. La Seconde Guerre Mondiale est aussi trop peu abordée à mon goût mais, finalement, toute l’ambiance sombre, la méfiance la dureté de la vie y font déjà écho.

Française, mais surtout Méditerranéenne, je suis descendante de ces Espagnols qui ont bougé d’un pays à l’autre pendant des années, de ces Français qui les ont accueillis plus ou moins bien. Cette histoire, c’est celle de la plupart des habitants de ma région d’origine et c’est pour ça que j’ai voulu lire ce livre, pour en apprendre plus.

Ce n’est pas le témoignage qui apportera le plus d’éclaircissement sur l’Histoire mais ça reste une tranche de vie touchante, l’histoire vraie d’une femme qui s’est battue pour faire vivre sa famille. Un témoignage pour ne pas oublier, jamais, parce qu’oublier, c’est prendre le risque de reproduire les mêmes erreurs.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 6 avril 2018

Éducation européenne de Romain Gary

Mon exemplaire du livre de Romain Gary Éducation européenne est un de mes trésors, une édition de 1946 retrouvée dans un carton chez mes grands-parents que je garde avec amour sur une belle étagère (alors que mes livres moins précieux gisent en piles dans la réserve de mes parents). C'est un trésor affectif que je n'avais pas encore lu et le contenu des pages est tout aussi précieux à mes yeux aujourd'hui !



Quatrième de Couverture
La cachette fut terminée aux premières lueurs de l'aube. C'était une aube mauvaise de septembre, mouillée de pluie ; les pins flottaient dans le brouillard, le regard n'arrivait pas jusqu'au ciel. Depuis un mois, ils travaillaient secrètement la nuit : les Allemands ne s'aventuraient guère hors des routes après le crépuscule, mais de jour, leurs patrouilles exploraient souvent la forêt, à la recherche des rares partisans que la faim ou le désespoir n'avaient pas encore forcés à abandonner la lutte. Le trou avait trois mètres de profondeur, quatre de largeur...

Mon avis
Éducation européenne est le premier roman publié en 1945 de Romain Gary, sous ce nom, écrit durant la Seconde Guerre Mondiale (automne 1943), alors qu’il combat depuis Londres en tant qu’aviateur dans le groupe Lorraine.

Janek Twardowski est un jeune adolescent polonais qui, avec l’aide de son père, creuse une cachette dans la forêt sous l’occupation allemande. Lorsque son père ne revient pas le voir après plusieurs jours, Janek comprend que quelque chose de grave est arrivé alors il sort de sa cachette, comme convenu avec son père, et part à la recherche des partisans, ce groupe de résistants qui se terrent aussi dans la forêt. Le jeune polonais trouve une nouvelle famille avec laquelle il résiste face à l’ennemi, crevant de faim et de froid, cherchant la moindre note d’espoir pour continuer le combat, attendant que les Russes prennent le dessus à Stalingrad.

Romain Gary nous offre une œuvre forte, pointant du doigt l’horreur de la guerre, de l’occupation, l’horreur humaine, surtout. Les hommes sont prêts à tout pour survivre, pour briller, pour grappiller encore un peu de vie. Les morts s’entassent, s’accumulent, finissent par être plus nombreux que les vivants. L’espoir semble à chaque page s’échapper, glisser comme le temps, comme la vie. Pourtant, il est bien là, à travers un sac de patates, dans l’amour naissant, dans la vie transmise par les naissances, dans la chaleur précaire d’un feu, dans les notes de musique s’échappant d’un piano ou d’un violon.

Le récit oscille entre le quotidien des partisans et les récits de Dobransky, un ancien étudiant qui écrit un livre célébrant l’Europe, véhiculant chaque soir une touche d’espoir au groupe. Ce livre qu’écrit leur chef les fait finalement tenir un peu plus, décrivant la solidarité, la résistance aux quatre coins de cette Europe meurtrie, qui saigne mais qui lutte encore. Ils espèrent, ensemble, que la bataille de Stalingrad sera victorieuse et qu’elle annoncera la fin de la guerre et du joug de l’ennemi.

Cet ennemi, justement, que Janek découvre au fil du temps, qu’il sait peu à peu être comme lui, être composé d’hommes faisant leur devoir envers leur patrie. Pourquoi les Allemands acceptent-ils ces ordres inhumains ? Pourquoi massacrent-ils les populations ? Pourquoi ne se rendent-ils pas compte du manque d’humanité de leurs actions ? Parce que c’est la guerre, la guerre qui fait ressortir ce qu’il y a de plus laid dans l’humanité, la cupidité, l’instinct de survie passant par l’égoïsme. Mais aussi la résignation, ce moment où, alliés comme ennemis, savent quand leur heure est arrivée et où ils acceptent leur sort dignement, pensant aux autres.

L’Europe est au centre du roman, à travers les écrits de Dobransky ou l’espoir qui fait tenir les partisans : cette Europe meurtrie, qui se bat contre la folle conquête des Allemands, qui suffoque mais tient bon autant que possible. Et c’est toute la beauté du roman : les nationalités ne font plus qu’une dans cette lutte contre l’oppresseur, contre l’horreur meurtrière. Cette nationalité européenne qui s’est battue jusqu’au bout.

Malgré toute l’horreur, tous les morts, toute la douleur qui ornent les pages de ce livre, c’est l’espoir qui triomphe, cet espoir qui rappelle que l’humanité peut finir par prendre le dessus. Mais à quel prix ? Le titre me semblait étrange avant la lecture, il prend tout son sens une fois la dernière page achevée. Non pas par la mise en abîme avec le roman de Dobransky mais parce que Éducation européenne célèbre cette union entre les forces de résistances, dictée à l’origine par les alliances ayant engagé les différents pays dans cette guerre. Éducation européenne célèbre le peuple européen qui s’est soulevé autant que possible contre la folie d’Hitler et de ses forces armées. Éducation européenne est un témoignage fort, écrit alors que la guerre n’était pas terminée, qui rappelle d’où revient le peuple européen.

Et, finalement, c’est roman à lire actuellement, parce que les temps sont troubles, parce que la peur de l’autre semble à nouveau croître, parce que l’union des peuples d’Europe semble se défaire et cela n’annonce rien de bon. L’espoir tient dans l’humanité, cette humanité capable du pire comme du meilleur.

« - Je me demandais alors : comment le peuple allemand peut-il accepter cela ? Pourquoi ne se révolte-t-il pas ? Pourquoi se soumet-il à ce rôle de bourreau ? Sûrement des consciences allemandes, blessés, bafouées, dans ce qu'elles ont de plus élémentairement humain, se rebellent et refusent d'obéir ? Quand verrons-nous donc les signes de cette rébellion ? Eh bien ! là-dessus, un jeune soldat allemand est venu ici, dans la forêt. Il avait déserté. Il venait se joindre à nous, se mettre de notre côté, sincèrement, courageusement. Il n'y avait aucun doute là-dessus : c'était un pur. Ce n'était pas un membre du Herrenvolk : c'était un homme. Il avait suivi l'appel de ce qu'il y avait de plus simplement humain en lui, arrachant son étiquette de soldat allemand. Mais nous n'avions d'yeux que pour ça, pour l'étiquette. Nous savions tous que c'était un pur. On la sent la pureté, lorsqu'on la rencontre. Elle vous crève les yeux, dans toute cette nuit… Ce garçon était un des nôtres. Mais il y avait l'étiquette.
- Alors ?
- Alors, nous l'avons fusillé. Parce qu'il avait cette étiquette sur le dos : Allemand. Parce que nous en avions une autre : Polonais. Et parce que la haine habitait nos cœurs... Quelqu'un lui avait dit, en matière d'explication ou d'excuse, je ne sais : "c'est trop tard". Mais il avait tort. Ce n'était pas trop tard. C'était trop tôt…
»

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

jeudi 5 avril 2018

Le monde merveilleux du caca de Terry Pratchett

Ce livre m’a été offert par une amie il y a quelques années parce que je suis une personne qui parle de manière décomplexée de tout ce qui touche à l’ensemble du système digestif (comprendre évidemment que dire « je vais faire caca » ne me pose aucun problème en société #glamour).



Quatrième de Couverture
Enfin traduite en français, découvrez Mlle Félicité Bidel, l'auteur favori de Sam Vimaire junior, le fils du commissaire du Guet d'Ankh-Morpork. Avec Le très gros problème de Gaston, La guerre contre les gobelins morveux, Les hommes Pipi et autres succès de librairie, elle est la coqueluche des enfants du Disque-monde.
Geoffroy rend visite à sa grand-mère à Ankh-Morpork. Alors qu'il passe sous les pommiers ancestraux du jardin, il sent quelque chose lui tomber sur la tête. Ce sera le début d'une quête déterminée et d'une collection d'un genre unique.

Mon avis
Le monde merveilleux du caca est mon tout premier Terry Pratchett (j’en ai d’autres dans ma PàL mais, voilà, celui-là en est sorti en premier) et je garde en tête que ce livre n’est pas représentatif de son œuvre.

Le monde merveilleux du caca est une sorte de petit conte annexe à l’univers du Disque-monde de Pratchett, l’autrice fictive y est citée à travers les lectures des personnages. Ici, Terry Pratchett offre donc un petit plus de son univers à ses fans.
En l’abordant tel quel, j’ai beaucoup apprécié ma lecture, même sans connaître l’univers du Disque-monde. Geoffroy est un petit garçon touchant par son côté passionné et curieux, il développe une fascination pour les cacas en tous genres lorsqu’il arrive chez sa grand-mère. La collection dans laquelle il se lance va l’amener à découvrir Ankh-Morpork via les déjections de ses habitants, qu’ils soient des animaux ou même des hommes. Aidé par le jardinier et les différentes personnes dont il croise la route, Geoffroy apprend surtout la valeur du travail et à se salir les mains (doux euphémisme) pour aller au bout de sa passion naissante.

Les illustrations qui ornent le livre permettent d’aborder les descriptions de Pratchett avec beaucoup de réalisme et de se plonger plus encore dans les découvertes de Geoffroy, j’ai beaucoup aimé cet aspect.
La multitude de notes en bas de page n’a rien de dérangeant, bien au contraire : ces notes permettent de plonger plus encore dans l’univers et d’apporter en plus une touche comique à l’histoire. L’ensemble est vraiment bien construit et agréable à la lecture.

J’ai particulièrement apprécié de voir Geoffroy côtoyer les acteurs de la gestion des déchets de la ville : n’ayant pas de préjugés et étant fasciné par la chose, le petit garçon réussit à toucher ces adultes qui, aux yeux des autres, ne sont que le moyen de se débarrasser de la crasse. Que ce soit le maître dans l’art des toilettes ou le récolteur de cacas, ces hommes sont attendris par Geoffroy qui les écoute raconter leurs métiers avec des étoiles dans les yeux. Pas toujours évident de valoriser ce genre de métiers face à la population mais la candeur de Geoffroy rend leurs lettres de noblesses à ces acteurs de la vie quotidienne.

Si ce livre n’est pas exceptionnel, il m’a fait passer un très bon moment. J’en ai lu des passages à ma petite cousine de 3 ans et elle a beaucoup aimé les illustrations. Le texte était un peu trop complexe pour elle, le livre ne s’adresse pas complètement aux enfants dans le style d’écriture qu’il offre, mais le thème lui a beaucoup plu.

Le monde merveilleux du caca reste une lecture agréable, sûrement faite pour les fans des œuvres de Pratchett, un petit à côté à lire cependant plutôt à partir de 11/12 ans.

« On a quelques chèvres laineuses des montagnes Osdetroll, dit le gardien. Remarque, ce n'est pas facile de distinguer la tête de la queue à cette époque de l'année. Mais le vieux Bert est malin : il attend qu'elles pètent, ça le renseigne sur le bout à nourrir. »

« Les gens trouvent marrant de déféquer sur mon bateau et moi, expliqua sire Henri. Ils ont moins rigolé le jour où j'ai pris à bord un bon tireur à l'arbalète pour le trajet. Quelques imbéciles ont encore du mal à s'asseoir pour avoir trop poussé avec Henri Roi. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mercredi 4 avril 2018

Le Blog du Moment : Histoire naturelle de bibliophiles

Aujourd'hui, j'ai envie de vous faire découvrir l'univers de Babitty Lapina, une blogueuse que je suis depuis quelques mois déjà et dont j'adore les articles. Elle m'a permis de découvrir de nouveaux horizons, que ce soit à travers ses lectures, ses sources d'informations littéraires ou ses articles mettant en avant des autrices.


Histoire naturelle de bibliophiles est devenu un blog sur lequel je vais régulièrement pour parfaire ma culture littéraire grâce aux articles de Babitty Lapina qui sont suffisamment travaillés pour apporter des pistes de réflexion tout en restant accessibles à tous types de lecteurs. J'avais beaucoup aimé son article sur l'histoire du mot autrice par exemple, mot que j'utilise tout le temps maintenant. Elle a aussi beaucoup travaillé pour mettre en place un annuaire littéraire accessible et bien rempli. Vraiment, ce blog, je l'aime ♥

Il y a encore plein de choses à dire sur Histoire naturelle de bibliophiles mais je vais vous laisser découvrir tout ça par vous-mêmes et, vous verrez, vous ne serez pas déçus du voyage ! Et, bonus, Babitty Lapina est aussi membre d'Accros & Mordus de Lecture, une raison de plus de me croire quand je vous dis que c'est une chouette personne ♥

Foncez découvrir ce blog !

mardi 3 avril 2018

Le lac noir d'Hella S. Haasse

J'aime découvrir la littérature dite "classique" d'autres pays et c'est vers la littérature néerlandaise que je me suis cette fois tournée grâce à un livre déniché (encore une fois) dans une bourse aux livres. Je vous ai déjà dit que j'adorais les livres de seconde main ?



Quatrième de Couverture
Dans les Indes néerlandaises d'avant la Deuxième Guerre mondiale, un jeune Indonésien, Oeroeg, partage l'enfance du narrateur dont le père, administrateur colonial, consent difficilement au métissage de leur éducation. Mais le temps et l'histoire les détachent plus sûrement l'un de l'autre que toute autorité extérieure. Bientôt Oeroeg choisit la cause de son peuple contre les Néerlandais auxquels il voue désormais une haine sans merci. Sur la réalité coloniale comme paradis perdu, sur les irréparables blessures de l’affrontement entre cultures et races, Hella S. Haasse écrit ici des pages plus émouvantes encore d’être en résonance avec tant d’autres exils contemporains.

Mon avis
Hella S. Haasse a grandi auxIndes néerlandaises et signe ici un roman décrivant l’amitié entre le fils d’un administrateur colonial et un jeune indonésien, Oeroeg dont le père est au service de l’administrateur. À travers le regard innocent d’un enfant favorisé par son statut, nous découvrons la réalité de la différence culturelle ainsi que du racisme et du colonialisme de l’époque.

Le narrateur raconte son enfance et le lien qui l’unit à son ami Oeroeg dès son plus jeune âge, la façon dont ils sont quasiment élevés ensemble et leur construction jusqu’à l’adolescence en parallèle. Le fils de l’administrateur ne se rend pas réellement compte de la différence qui est faite entre lui et son ami et c’est au fil des années qu’il prend peu à peu conscience de la réalité.

Ses parents ne passent que peu de temps avec lui ce qui fait qu’il n’a pas les préjugés des colons sur la population indonésienne, c’est une des causes de sa naïveté vis-à-vis du statut d’Oeroeg, qui est pour lui comme un frère. Leurs jeux, leur quotidien, leur croissance… Ils font tout ensemble jusqu’à ce qu’un professeur soit imposé au narrateur pour parfaire son éducation et le pousser à apprendre correctement tout ce que doit savoir un Néerlandais, dans le but d’intégrer une bonne école une fois l’âge requis venu.

Oeroeg sait que son ami ne fait pas de différence et il ne lui en parle pas. Lorsque ensemble, ils sont confrontés à la condescendance d’autres jeunes de leur âge vis-à-vis de l’Indonésien, Oeroeg ne dit rien tandis que le narrateur ne comprend pas ce qu’il se passe. Au fil du temps, Oeroeg développe une personnalité forte mais discrète quand il le faut, il se construit dans ce monde où il n’est considéré que comme de la future main d’œuvre.
Le narrateur n’est jamais nommé là où le prénom d’Oeroeg peuple les pages de ce roman : il est un pilier dans la vie du narrateur et même la figure principale de cette histoire, celui qui se construit son identité propre en navigant à travers les eaux troubles de l’époque. Le narrateur, lui, se laisse porter par les choix de ses parents contre lesquels il ne peut aller.

Au fil du temps, Oeroeg s’éloigne, restant fidèle à sa culture, ses origines, là où le narrateur ne se rend pas tout de suite compte de tout ce qui va finir par les opposer. Le jeune néerlandais a pu profiter de cette amitié grâce à son innocence, grâce à l’absence d’intérêt de ses parents pendant de longues années. Mais cette naïveté le ramène bien vite sur terre lors de la séparation finale : cet ami, ce frère n’est plus et il ne l’a compris que trop tard… Il lui faut devenir adulte et revenir sur ses pas pour prendre conscience de toute l’ampleur de l’effet du colonialisme sur Oeroeg et de ce qu’il va devenir.

Hella S. Haasse a su mettre entre nos mains une amitié tragique, vouée à disparaitre. Son narrateur permet de suivre progressivement la construction d’Oeroeg et de comprendre l’oppression morale, entre autres, subie par la population. Les brimades, l’attitude de conquérant du colon, l’appropriation des richesses locales… Tout fait naître un sentiment de haine chez Oeroeg qui ne peut que chercher à aller le plus loin possible dans son accomplissement personnel pour sortir de cette misère qu’on lui prédit depuis toujours. Malgré toute sa candeur, le narrateur ne pouvait pas à lui tout seul balayer toute l’oppression du colonialisme.
Certaines personnes ont cherché à aider les populations, à l’image du personnage de Lida, mais de façon égoïste, pour se sentir mieux, pour se sentir bonnes. Le pur altruisme n’est pas présent dans ce roman, tout comme il ne devait pas forcément l’être dans la réalité.

Je n’ai pas tellement été touchée par cette histoire ou les personnages mais j’ai beaucoup aimé naviguer dans le quotidien des Indes néerlandaises, voir l’opposition entre colons et colonisés. Le lac noir rappelle, comme beaucoup d’autres témoignages, les marques indélébiles laissées par la colonisation sur des populations qui ont été exploitées, humiliées, bafouées. L’attitude paternaliste au possible des colons, infantilisant constamment les populations locales, a été une bonne excuse pour continuer à les exploiter et les museler. Hella S. Haasse a su faire naître en moi de la révolte, de la colère envers le colonialisme et c’est tout ce que je voulais de ce livre.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture