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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

mercredi 11 avril 2018

La Métamorphose de Franz Kafka de Corbeyran et Horne

La Métamorphose de Franz Kafka de Corbeyran (scénariste) et Horne (illustrateur) est une BD adaptée de la nouvelle de Franz Kafka que j’ai déniché d’occasion au merveilleux Trouve Tout du Livre, librairie insolite pour laquelle j'ai déjà écrit un article à lire ici. La couverture toute en contraste m’a tout de suite attirée et la dédicace pour une certaine Aurélie (comme moi eheh) m’a confirmé que cette BD était pour moi !



Quatrième de Couverture
Comme chaque matin, Gregor, employé modèle, s'apprête à aller au travail. Mais à son réveil, il aperçoit son corps doté d'une lugubre carapace de coléoptère. Gregor croit d'abord à un mauvais rêve. Pourtant la métamorphose est bien réelle. Il ne quittera plus cet aspect, vivotera sa vie d'insecte tout aussi inoffensif qu'innocent, pour finir écrasé comme de la vulgaire vermine.

Mon avis
La Métamorphose de Franz Kafka met en scène Gregor qui se réveille un matin transformé en insecte et dont les seules préoccupations à ce moment-là sont « comment faire pour aller travailler ? » ou encore « je vais être en retard ». Lorsque sa famille découvre sa nouvelle apparence, tout bascule car il se rend compte que le problème de la ponctualité n’est rien en comparaison du reste…

N’ayant jamais lu la nouvelle de Kafka, je ne vais pas faire une comparaison des deux œuvres et me contenter d’une chronique sur cette BD, sans savoir si elle est fidèle ou non à l’œuvre d’origine.

L’ambiance de la BD est sombre, très sombre, Gregor concentre, complètement noir, est une grande part de cette obscurité au fil des pages. Et cela colle parfaitement au scénario qui s’étend du début à la fin de la BD : ce n’est pas qu’une descente aux enfers puisque la vie de Gregor n’était déjà pas lumineuse. Mais pourquoi donc ?

Gregor, fils aîné ayant une jeune sœur, subvient aux besoins de toute sa famille. Sa mère s’occupe de la maison, sa sœur vie comme une adolescente qui reste éloignée des soucis d’argent et son père se laisse aller, laissant son fils s’occuper de ramener l’argent. Gregor travaille sans relâche, pour un patron qui n’est pas reconnaissant, passant des heures sur ses dossiers, à traiter avec des clients qui n’ont aucune considération pour lui. Mais sa gloire, elle tient dans le fait de permettre à sa famille de vivre, de voir que, grâce à son travail, le pain est sur la table, le loyer du grand appartement est payé et que tout le monde lui en est plus ou moins reconnaissant.

Le jour où il ne peut plus aller travailler, à cause de sa métamorphose, tout bascule. Sa mère ne supporte pas sa vue, son père ne voit en lui qu’un poids inutile et sa sœur, elle, et la seule à tenter de le considérer encore comme un membre de la famille. Le temps passe, l’argent manque mais, surtout, Gregor devient une bouche à nourrir inutilement, une bouche qui fait fuir tout le monde, qui pousse la famille à vivre recluse.

Le père va se remettre à travailler pour tenter de payer le loyer, la mère va tout faire pour ne pas apercevoir ce fils qu’elle considère perdu et, la sœur, va peu à peu changer de position. Et c’est finalement la métamorphose de cette famille qui se produit au fil des pages, celle de Gregor ayant eu lieu dès le départ. D’une famille ne comptant que sur le fils aîné, nous passons à une famille qui se démène pour continuer à vivre et qui se retrouve à vouloir plus. Et pour avoir plus, il faut se débarrasser du fardeau qu’est Gregor, représentant la différence dans cette BD, l’être qui ne ressemble pas au moule attendu et qui vit le rejet, la stigmatisation. La métamorphose de cette famille, qui ne peut plus compter sur le travail de l’aîné, est évidente et reflète à la perfection notre société : ils n’ont plus besoin de Gregor et se désintéressent de lui puisqu’il leur fait honte. Ils ne lui sont en rien reconnaissants du travail qu’il a fourni pour eux. C’est d’une tristesse infinie, surtout parce que tout rappelle la réalité actuelle, les gens « différents » laissés de côté, les gens dont l’utilité n’est plus et pour qui nous n’avons même plus un regard.

La notion de temps est aussi fortement présente dans cette BD, à travers l’angoisse du retard pour Gregor au début, puis les jours qui passent sans qu’on ne puisse les dénombrer mais qui semblent longs, interminables, où nuits et jours se confondent… Ce temps aussi, considéré comme perdu par cette famille qui n’est plus capable de vivre normalement avec la présence de Gregor… Ce temps s’apparente fortement au monde du travail, au fait qu’il faut rentabiliser son temps à défaut de le considérer comme perdu, chose que les membres de cette famille ne semblaient pas réaliser jusqu’au moment où ils ont dû eux-mêmes mettre la main à la pâte. Comme un rappel de la stigmatisation de cette « société d’assistés » dont on nous parle sans cesse dès qu’il s’agit de trouver des responsables de la difficulté de la vie quotidienne.

La Métamorphose de Franz Kafka est une BD qui traite d’un problème actuel, dont la nouvelle d’origine a déjà plus d’un siècle. Un siècle et on se demande encore si le monde a changé et si nous avons réellement évolué. Une BD qui pousse à réfléchir et qui atteint parfaitement son but, avec des dessins inquiétants, des personnages déformés par leurs préjugés et leur égoïsme. Une lecture que je ne regrette pas !


Petite dédicace qui, c'est sûr, m'était destinée !


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 7 avril 2018

Amélia : Une vie, deux guerres de Manuel Santos et Pascale Malevergne

Ce livre, je l’ai acheté pour son histoire et parce qu’il a été publié par une petite maison d’édition de Perpignan qui transmet l’histoire et la littérature pyrénéenne, française et espagnole : Mare nostrum éditions.



Quatrième de Couverture
Amélia Santos est née en 1918 dans une famille espagnole de paysans pauvres. Sa jeune vie d’adulte débute avec la terrible guerre d’Espagne. C’est dans la clandestinité qu’elle quitte ensuite la Catalogne avec son fils âgé de six mois pour rejoindre son mari, soldat républicain réfugié en France. Elle est loin d’imaginer les épreuves qui l’attendent alors : arrestation au Perthus, camps d’internement de Saint-Cyprien et de Rivesaltes, évasion, Deuxième Guerre mondiale… Ce récit est un hommage que son fils, Manuel, lui rend peu après sa disparition en 2012, pour saluer la volonté de cette femme-courage marquée par l’histoire tragique du XXe siècle.

Mon avis
Amélia : Une vie, deux guerres est un hommage rendu par Manuel Santos à sa mère, une femme qui a tout quitté pour retrouver son mari, réfugié en France, alors que la guerre civile espagnole écrasait chaque jour un peu plus les républicains.

Amélia est une jeune femme au caractère fort et au courage sans borne. Sachant pertinemment que son statut de femme d’ennemi du régime franquiste risquait de mettre à mal sa famille, elle a décidé de traverser illégalement la frontière, passant par les Pyrénées avec son bébé dans les bras. La France, c’est l’espoir de liberté, l’espoir de reprise de forces pour les Républicains acculés de toute part. Mais dans un contexte tendu, la France devient une deuxième prison pour ces Espagnols qui fuient leur pays et sont envoyés dans les camps des bords de mer.

Comme tant d’autres, Amélia a dû se battre pour s’échapper d’Espagne puis pour survivre dans ces camps où les rations étaient précaires, où les constructions sommaires résistaient mal au vent qui balayait les plages catalanes françaises. Aidée par les amis qu’elle s’est fait là-bas, elle réussit à s’enfuir et fait un autre voyage pour enfin retrouver son mari, envoyé dans les mines. Ensemble, ils déménagent encore, au grè du travail, des endroits où la main d’œuvre espagnole est utile. Ils se construisent une vie, s’intègrent…

Puis la Seconde Guerre Mondiale s’installe et la méfiance envers l’autre revient, les Espagnols ayant fui Franco sont vus comme des communistes, un autre ennemi parmi d’autres. Les étrangers sont toujours les premiers stigmatisés, les premiers sur qui l’on reporte la faute.

Amélia : Une vie, deux guerres n’est pas un livre que j’ai lu pour sa qualité littéraire mais pour son contenu. C’est un court témoignage, peu approfondi mais qui suffit à se rappeler du passé, à comprendre comment les Espagnols ont lutté pour se faire une place dans une Europe dont le déchirement n’a cessé de prendre de l’ampleur. Toutes ces guerres qui ont marqué le XXè siècle ont façonné le monde mais, surtout, ont montré l’horreur humaine d’un côté, la solidarité qui faisait contre poids d’un autre.
J’aurais aimé que le récit soit plus fouillé, que les détails soient plus nombreux aussi et que les événements s’enchainent moins vite mais le fils d’Amélia a sûrement conté ce qu’il savait, ce qu’il avait réussi à glaner dans la mémoire de sa mère. La Seconde Guerre Mondiale est aussi trop peu abordée à mon goût mais, finalement, toute l’ambiance sombre, la méfiance la dureté de la vie y font déjà écho.

Française, mais surtout Méditerranéenne, je suis descendante de ces Espagnols qui ont bougé d’un pays à l’autre pendant des années, de ces Français qui les ont accueillis plus ou moins bien. Cette histoire, c’est celle de la plupart des habitants de ma région d’origine et c’est pour ça que j’ai voulu lire ce livre, pour en apprendre plus.

Ce n’est pas le témoignage qui apportera le plus d’éclaircissement sur l’Histoire mais ça reste une tranche de vie touchante, l’histoire vraie d’une femme qui s’est battue pour faire vivre sa famille. Un témoignage pour ne pas oublier, jamais, parce qu’oublier, c’est prendre le risque de reproduire les mêmes erreurs.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 6 avril 2018

Éducation européenne de Romain Gary

Mon exemplaire du livre de Romain Gary Éducation européenne est un de mes trésors, une édition de 1946 retrouvée dans un carton chez mes grands-parents que je garde avec amour sur une belle étagère (alors que mes livres moins précieux gisent en piles dans la réserve de mes parents). C'est un trésor affectif que je n'avais pas encore lu et le contenu des pages est tout aussi précieux à mes yeux aujourd'hui !



Quatrième de Couverture
La cachette fut terminée aux premières lueurs de l'aube. C'était une aube mauvaise de septembre, mouillée de pluie ; les pins flottaient dans le brouillard, le regard n'arrivait pas jusqu'au ciel. Depuis un mois, ils travaillaient secrètement la nuit : les Allemands ne s'aventuraient guère hors des routes après le crépuscule, mais de jour, leurs patrouilles exploraient souvent la forêt, à la recherche des rares partisans que la faim ou le désespoir n'avaient pas encore forcés à abandonner la lutte. Le trou avait trois mètres de profondeur, quatre de largeur...

Mon avis
Éducation européenne est le premier roman publié en 1945 de Romain Gary, sous ce nom, écrit durant la Seconde Guerre Mondiale (automne 1943), alors qu’il combat depuis Londres en tant qu’aviateur dans le groupe Lorraine.

Janek Twardowski est un jeune adolescent polonais qui, avec l’aide de son père, creuse une cachette dans la forêt sous l’occupation allemande. Lorsque son père ne revient pas le voir après plusieurs jours, Janek comprend que quelque chose de grave est arrivé alors il sort de sa cachette, comme convenu avec son père, et part à la recherche des partisans, ce groupe de résistants qui se terrent aussi dans la forêt. Le jeune polonais trouve une nouvelle famille avec laquelle il résiste face à l’ennemi, crevant de faim et de froid, cherchant la moindre note d’espoir pour continuer le combat, attendant que les Russes prennent le dessus à Stalingrad.

Romain Gary nous offre une œuvre forte, pointant du doigt l’horreur de la guerre, de l’occupation, l’horreur humaine, surtout. Les hommes sont prêts à tout pour survivre, pour briller, pour grappiller encore un peu de vie. Les morts s’entassent, s’accumulent, finissent par être plus nombreux que les vivants. L’espoir semble à chaque page s’échapper, glisser comme le temps, comme la vie. Pourtant, il est bien là, à travers un sac de patates, dans l’amour naissant, dans la vie transmise par les naissances, dans la chaleur précaire d’un feu, dans les notes de musique s’échappant d’un piano ou d’un violon.

Le récit oscille entre le quotidien des partisans et les récits de Dobransky, un ancien étudiant qui écrit un livre célébrant l’Europe, véhiculant chaque soir une touche d’espoir au groupe. Ce livre qu’écrit leur chef les fait finalement tenir un peu plus, décrivant la solidarité, la résistance aux quatre coins de cette Europe meurtrie, qui saigne mais qui lutte encore. Ils espèrent, ensemble, que la bataille de Stalingrad sera victorieuse et qu’elle annoncera la fin de la guerre et du joug de l’ennemi.

Cet ennemi, justement, que Janek découvre au fil du temps, qu’il sait peu à peu être comme lui, être composé d’hommes faisant leur devoir envers leur patrie. Pourquoi les Allemands acceptent-ils ces ordres inhumains ? Pourquoi massacrent-ils les populations ? Pourquoi ne se rendent-ils pas compte du manque d’humanité de leurs actions ? Parce que c’est la guerre, la guerre qui fait ressortir ce qu’il y a de plus laid dans l’humanité, la cupidité, l’instinct de survie passant par l’égoïsme. Mais aussi la résignation, ce moment où, alliés comme ennemis, savent quand leur heure est arrivée et où ils acceptent leur sort dignement, pensant aux autres.

L’Europe est au centre du roman, à travers les écrits de Dobransky ou l’espoir qui fait tenir les partisans : cette Europe meurtrie, qui se bat contre la folle conquête des Allemands, qui suffoque mais tient bon autant que possible. Et c’est toute la beauté du roman : les nationalités ne font plus qu’une dans cette lutte contre l’oppresseur, contre l’horreur meurtrière. Cette nationalité européenne qui s’est battue jusqu’au bout.

Malgré toute l’horreur, tous les morts, toute la douleur qui ornent les pages de ce livre, c’est l’espoir qui triomphe, cet espoir qui rappelle que l’humanité peut finir par prendre le dessus. Mais à quel prix ? Le titre me semblait étrange avant la lecture, il prend tout son sens une fois la dernière page achevée. Non pas par la mise en abîme avec le roman de Dobransky mais parce que Éducation européenne célèbre cette union entre les forces de résistances, dictée à l’origine par les alliances ayant engagé les différents pays dans cette guerre. Éducation européenne célèbre le peuple européen qui s’est soulevé autant que possible contre la folie d’Hitler et de ses forces armées. Éducation européenne est un témoignage fort, écrit alors que la guerre n’était pas terminée, qui rappelle d’où revient le peuple européen.

Et, finalement, c’est roman à lire actuellement, parce que les temps sont troubles, parce que la peur de l’autre semble à nouveau croître, parce que l’union des peuples d’Europe semble se défaire et cela n’annonce rien de bon. L’espoir tient dans l’humanité, cette humanité capable du pire comme du meilleur.

« - Je me demandais alors : comment le peuple allemand peut-il accepter cela ? Pourquoi ne se révolte-t-il pas ? Pourquoi se soumet-il à ce rôle de bourreau ? Sûrement des consciences allemandes, blessés, bafouées, dans ce qu'elles ont de plus élémentairement humain, se rebellent et refusent d'obéir ? Quand verrons-nous donc les signes de cette rébellion ? Eh bien ! là-dessus, un jeune soldat allemand est venu ici, dans la forêt. Il avait déserté. Il venait se joindre à nous, se mettre de notre côté, sincèrement, courageusement. Il n'y avait aucun doute là-dessus : c'était un pur. Ce n'était pas un membre du Herrenvolk : c'était un homme. Il avait suivi l'appel de ce qu'il y avait de plus simplement humain en lui, arrachant son étiquette de soldat allemand. Mais nous n'avions d'yeux que pour ça, pour l'étiquette. Nous savions tous que c'était un pur. On la sent la pureté, lorsqu'on la rencontre. Elle vous crève les yeux, dans toute cette nuit… Ce garçon était un des nôtres. Mais il y avait l'étiquette.
- Alors ?
- Alors, nous l'avons fusillé. Parce qu'il avait cette étiquette sur le dos : Allemand. Parce que nous en avions une autre : Polonais. Et parce que la haine habitait nos cœurs... Quelqu'un lui avait dit, en matière d'explication ou d'excuse, je ne sais : "c'est trop tard". Mais il avait tort. Ce n'était pas trop tard. C'était trop tôt…
»

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jeudi 5 avril 2018

Le monde merveilleux du caca de Terry Pratchett

Ce livre m’a été offert par une amie il y a quelques années parce que je suis une personne qui parle de manière décomplexée de tout ce qui touche à l’ensemble du système digestif (comprendre évidemment que dire « je vais faire caca » ne me pose aucun problème en société #glamour).



Quatrième de Couverture
Enfin traduite en français, découvrez Mlle Félicité Bidel, l'auteur favori de Sam Vimaire junior, le fils du commissaire du Guet d'Ankh-Morpork. Avec Le très gros problème de Gaston, La guerre contre les gobelins morveux, Les hommes Pipi et autres succès de librairie, elle est la coqueluche des enfants du Disque-monde.
Geoffroy rend visite à sa grand-mère à Ankh-Morpork. Alors qu'il passe sous les pommiers ancestraux du jardin, il sent quelque chose lui tomber sur la tête. Ce sera le début d'une quête déterminée et d'une collection d'un genre unique.

Mon avis
Le monde merveilleux du caca est mon tout premier Terry Pratchett (j’en ai d’autres dans ma PàL mais, voilà, celui-là en est sorti en premier) et je garde en tête que ce livre n’est pas représentatif de son œuvre.

Le monde merveilleux du caca est une sorte de petit conte annexe à l’univers du Disque-monde de Pratchett, l’autrice fictive y est citée à travers les lectures des personnages. Ici, Terry Pratchett offre donc un petit plus de son univers à ses fans.
En l’abordant tel quel, j’ai beaucoup apprécié ma lecture, même sans connaître l’univers du Disque-monde. Geoffroy est un petit garçon touchant par son côté passionné et curieux, il développe une fascination pour les cacas en tous genres lorsqu’il arrive chez sa grand-mère. La collection dans laquelle il se lance va l’amener à découvrir Ankh-Morpork via les déjections de ses habitants, qu’ils soient des animaux ou même des hommes. Aidé par le jardinier et les différentes personnes dont il croise la route, Geoffroy apprend surtout la valeur du travail et à se salir les mains (doux euphémisme) pour aller au bout de sa passion naissante.

Les illustrations qui ornent le livre permettent d’aborder les descriptions de Pratchett avec beaucoup de réalisme et de se plonger plus encore dans les découvertes de Geoffroy, j’ai beaucoup aimé cet aspect.
La multitude de notes en bas de page n’a rien de dérangeant, bien au contraire : ces notes permettent de plonger plus encore dans l’univers et d’apporter en plus une touche comique à l’histoire. L’ensemble est vraiment bien construit et agréable à la lecture.

J’ai particulièrement apprécié de voir Geoffroy côtoyer les acteurs de la gestion des déchets de la ville : n’ayant pas de préjugés et étant fasciné par la chose, le petit garçon réussit à toucher ces adultes qui, aux yeux des autres, ne sont que le moyen de se débarrasser de la crasse. Que ce soit le maître dans l’art des toilettes ou le récolteur de cacas, ces hommes sont attendris par Geoffroy qui les écoute raconter leurs métiers avec des étoiles dans les yeux. Pas toujours évident de valoriser ce genre de métiers face à la population mais la candeur de Geoffroy rend leurs lettres de noblesses à ces acteurs de la vie quotidienne.

Si ce livre n’est pas exceptionnel, il m’a fait passer un très bon moment. J’en ai lu des passages à ma petite cousine de 3 ans et elle a beaucoup aimé les illustrations. Le texte était un peu trop complexe pour elle, le livre ne s’adresse pas complètement aux enfants dans le style d’écriture qu’il offre, mais le thème lui a beaucoup plu.

Le monde merveilleux du caca reste une lecture agréable, sûrement faite pour les fans des œuvres de Pratchett, un petit à côté à lire cependant plutôt à partir de 11/12 ans.

« On a quelques chèvres laineuses des montagnes Osdetroll, dit le gardien. Remarque, ce n'est pas facile de distinguer la tête de la queue à cette époque de l'année. Mais le vieux Bert est malin : il attend qu'elles pètent, ça le renseigne sur le bout à nourrir. »

« Les gens trouvent marrant de déféquer sur mon bateau et moi, expliqua sire Henri. Ils ont moins rigolé le jour où j'ai pris à bord un bon tireur à l'arbalète pour le trajet. Quelques imbéciles ont encore du mal à s'asseoir pour avoir trop poussé avec Henri Roi. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mercredi 4 avril 2018

Le Blog du Moment : Histoire naturelle de bibliophiles

Aujourd'hui, j'ai envie de vous faire découvrir l'univers de Babitty Lapina, une blogueuse que je suis depuis quelques mois déjà et dont j'adore les articles. Elle m'a permis de découvrir de nouveaux horizons, que ce soit à travers ses lectures, ses sources d'informations littéraires ou ses articles mettant en avant des autrices.


Histoire naturelle de bibliophiles est devenu un blog sur lequel je vais régulièrement pour parfaire ma culture littéraire grâce aux articles de Babitty Lapina qui sont suffisamment travaillés pour apporter des pistes de réflexion tout en restant accessibles à tous types de lecteurs. J'avais beaucoup aimé son article sur l'histoire du mot autrice par exemple, mot que j'utilise tout le temps maintenant. Elle a aussi beaucoup travaillé pour mettre en place un annuaire littéraire accessible et bien rempli. Vraiment, ce blog, je l'aime ♥

Il y a encore plein de choses à dire sur Histoire naturelle de bibliophiles mais je vais vous laisser découvrir tout ça par vous-mêmes et, vous verrez, vous ne serez pas déçus du voyage ! Et, bonus, Babitty Lapina est aussi membre d'Accros & Mordus de Lecture, une raison de plus de me croire quand je vous dis que c'est une chouette personne ♥

Foncez découvrir ce blog !

mardi 3 avril 2018

Le lac noir d'Hella S. Haasse

J'aime découvrir la littérature dite "classique" d'autres pays et c'est vers la littérature néerlandaise que je me suis cette fois tournée grâce à un livre déniché (encore une fois) dans une bourse aux livres. Je vous ai déjà dit que j'adorais les livres de seconde main ?



Quatrième de Couverture
Dans les Indes néerlandaises d'avant la Deuxième Guerre mondiale, un jeune Indonésien, Oeroeg, partage l'enfance du narrateur dont le père, administrateur colonial, consent difficilement au métissage de leur éducation. Mais le temps et l'histoire les détachent plus sûrement l'un de l'autre que toute autorité extérieure. Bientôt Oeroeg choisit la cause de son peuple contre les Néerlandais auxquels il voue désormais une haine sans merci. Sur la réalité coloniale comme paradis perdu, sur les irréparables blessures de l’affrontement entre cultures et races, Hella S. Haasse écrit ici des pages plus émouvantes encore d’être en résonance avec tant d’autres exils contemporains.

Mon avis
Hella S. Haasse a grandi auxIndes néerlandaises et signe ici un roman décrivant l’amitié entre le fils d’un administrateur colonial et un jeune indonésien, Oeroeg dont le père est au service de l’administrateur. À travers le regard innocent d’un enfant favorisé par son statut, nous découvrons la réalité de la différence culturelle ainsi que du racisme et du colonialisme de l’époque.

Le narrateur raconte son enfance et le lien qui l’unit à son ami Oeroeg dès son plus jeune âge, la façon dont ils sont quasiment élevés ensemble et leur construction jusqu’à l’adolescence en parallèle. Le fils de l’administrateur ne se rend pas réellement compte de la différence qui est faite entre lui et son ami et c’est au fil des années qu’il prend peu à peu conscience de la réalité.

Ses parents ne passent que peu de temps avec lui ce qui fait qu’il n’a pas les préjugés des colons sur la population indonésienne, c’est une des causes de sa naïveté vis-à-vis du statut d’Oeroeg, qui est pour lui comme un frère. Leurs jeux, leur quotidien, leur croissance… Ils font tout ensemble jusqu’à ce qu’un professeur soit imposé au narrateur pour parfaire son éducation et le pousser à apprendre correctement tout ce que doit savoir un Néerlandais, dans le but d’intégrer une bonne école une fois l’âge requis venu.

Oeroeg sait que son ami ne fait pas de différence et il ne lui en parle pas. Lorsque ensemble, ils sont confrontés à la condescendance d’autres jeunes de leur âge vis-à-vis de l’Indonésien, Oeroeg ne dit rien tandis que le narrateur ne comprend pas ce qu’il se passe. Au fil du temps, Oeroeg développe une personnalité forte mais discrète quand il le faut, il se construit dans ce monde où il n’est considéré que comme de la future main d’œuvre.
Le narrateur n’est jamais nommé là où le prénom d’Oeroeg peuple les pages de ce roman : il est un pilier dans la vie du narrateur et même la figure principale de cette histoire, celui qui se construit son identité propre en navigant à travers les eaux troubles de l’époque. Le narrateur, lui, se laisse porter par les choix de ses parents contre lesquels il ne peut aller.

Au fil du temps, Oeroeg s’éloigne, restant fidèle à sa culture, ses origines, là où le narrateur ne se rend pas tout de suite compte de tout ce qui va finir par les opposer. Le jeune néerlandais a pu profiter de cette amitié grâce à son innocence, grâce à l’absence d’intérêt de ses parents pendant de longues années. Mais cette naïveté le ramène bien vite sur terre lors de la séparation finale : cet ami, ce frère n’est plus et il ne l’a compris que trop tard… Il lui faut devenir adulte et revenir sur ses pas pour prendre conscience de toute l’ampleur de l’effet du colonialisme sur Oeroeg et de ce qu’il va devenir.

Hella S. Haasse a su mettre entre nos mains une amitié tragique, vouée à disparaitre. Son narrateur permet de suivre progressivement la construction d’Oeroeg et de comprendre l’oppression morale, entre autres, subie par la population. Les brimades, l’attitude de conquérant du colon, l’appropriation des richesses locales… Tout fait naître un sentiment de haine chez Oeroeg qui ne peut que chercher à aller le plus loin possible dans son accomplissement personnel pour sortir de cette misère qu’on lui prédit depuis toujours. Malgré toute sa candeur, le narrateur ne pouvait pas à lui tout seul balayer toute l’oppression du colonialisme.
Certaines personnes ont cherché à aider les populations, à l’image du personnage de Lida, mais de façon égoïste, pour se sentir mieux, pour se sentir bonnes. Le pur altruisme n’est pas présent dans ce roman, tout comme il ne devait pas forcément l’être dans la réalité.

Je n’ai pas tellement été touchée par cette histoire ou les personnages mais j’ai beaucoup aimé naviguer dans le quotidien des Indes néerlandaises, voir l’opposition entre colons et colonisés. Le lac noir rappelle, comme beaucoup d’autres témoignages, les marques indélébiles laissées par la colonisation sur des populations qui ont été exploitées, humiliées, bafouées. L’attitude paternaliste au possible des colons, infantilisant constamment les populations locales, a été une bonne excuse pour continuer à les exploiter et les museler. Hella S. Haasse a su faire naître en moi de la révolte, de la colère envers le colonialisme et c’est tout ce que je voulais de ce livre.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 31 mars 2018

Gloria de Martine Pouchain

Ce livre m'a été offert lors du Swap de Noël sur Accros & Mordus de Lecture par ma coloc d'amour (ancienne coloc, mais coloc d'amour pour toujours ♥).



Quatrième de Couverture
"Une lueur rase les sommets au loin. Quelques phares croisés les éblouissent.
- Ca m'étonnerait beaucoup que t'es ma mère, déclare Jamie.
- Pourquoi ?
- Une mère a pas le temps de se balader. Elle travaille.
- Qu'est-ce que t'en sais ? T'en connais beaucoup, des mères ?
- Tu vois, ça, une mère le dirait pas.
- Moi aussi je travaille. Là, je suis en vacances.
- Et tu fais quoi comme travail ?
- Actrice."

Mon avis
Gloria est cette petite fille qui grandit dans l’ombre de son frère aîné, adoré de ses parents mais mort avant sa naissance. Elle grandit dans une famille où l’amour a déjà été distribué en intégralité à ce frère si parfait qu’elle n’a pas connu. Son père est moralement absent, se contente de subir la vie au travail ou chez eux et sa mère vit dans le souvenir de cet enfant chéri décédé. Tout ce que fait Gloria n’est pas assez bien aux yeux de cette mère dont, tout ce qu’elle attend, est un peu d’attention et d’affection.
Elle finit par trouver cette attention dans le regard de son professeur de théâtre qui lui promet monts et merveilles et qui lui vole au passage son innocence et ses illusions sur l’amour. Enceinte trop jeune, Gloria décide de confier son enfant à une famille aimante avant de partir pour Los Angeles où elle compte bien devenir actrice.

Gloria est un personnage fragile et fort à la fois. Elle affronte les épreuves sans broncher, se bat pour obtenir ce qu’elle veut et fonce tête baissée vers la vie qu’elle s’est choisie. Seulement, elle ne fait confiance à personne, ne compte sur personne et ne s’exprime finalement pas totalement malgré les apparences. Lorsqu’elle apprend que les douleurs mensuelles qui s’emparent de son corps sont dues à une endométriose qui la rend stérile, Gloria se rend compte qu’elle veut retrouver cet enfant qu’elle a laissé étant adolescente.

Aborder l’endométriose est un point fort de ce roman à un moment où cette maladie commence tout juste à être reconnue et où de nombreuses femmes en souffrent. Martine Pouchain, à travers son héroïne toute en contraste entre forces et faiblesses, montre que les femmes peuvent être confrontées à plus de problèmes que les hommes simplement à cause de leur sexe. Que ce soit médicalement ou dans les relations sociales.

Gloria est actrice et elle excelle bien plus dans l’art de la comédie, lorsqu’elle se constitue des rôles pour affronter certaines situations que lorsqu’elle doit être elle-même. C’est sûrement parce qu’elle n’a pas terminé de se construire et qu’elle ne se connait pas entièrement. Elle se sent d’ailleurs incomplète lorsqu’elle comprend que son corps ne lui permettra pas de faire un autre enfant. Et c’est en partant à la conquête du bébé qu’elle a laissé des années plus tôt qu’elle va se conquérir elle-même.

On comprend au fil de la cavale que tout ce que cherche Gloria, c’est créer un lien immuable avec son fils, un lien d’amour sans limite et condition, un amour qu’elle a passé son enfance à essayer de trouver chez ses parents. Mais elle se rend compte que tout n’est pas si simple. Devenir mère n’est inné et son fils n’est pas prêt à accepter Gloria dans sa vie. Pourtant, à plusieurs reprises, sur des détails anodins, Gloria se rend compte qu’elle aime son fils même si elle ne le connait que peu. Elle l’observe et se sent heureuse, complète comme elle ne l’a jamais été. Et c’est parce qu’elle découvre cet amour inné pour la chair de sa chair qu’elle trouve la paix, cette paix qu’elle n’a cessé de poursuivre. Je suppose que c’est parce que cela lui permet d’accepter le fait que sa mère ne l’aimait pas et pourquoi : sa mère n’était plus une mère. Elle avait complètement perdu pied à la mort de Nicolas et était incapable de voir en Gloria sa fille. Cette libération lui permet de trouver sa place et de commencer enfin sa vie sur des bases saines, notamment dans sa relation aux autres.

Gloria est un roman qui oscille entre des dialogues légers et une histoire dure, une histoire de kidnapping, d’amour, d’abandon, de rejet. Martine Pouchain réussit à ne pas sombrer dans une histoire farfelue en donnant du réalisme à ses personnages, leurs réactions, leurs actions. Et, comme touche d’espoir et d’optimisme, on atteint une finalité qui, tout compte fait, n’est pas dramatique malgré la fin chaotique de la cavale de Gloria et son fils.

Parfois, des événements, des rencontres et des choix nous permettent de trouver qui nous sommes et d’atteindre la sérénité, malgré les difficultés, les peines et les regrets. Gloria est un livre qui se lit vite et bien, qui rappelle que nous sommes aussi possiblement notre premier ennemi face au monde alors que nous devrions être notre meilleur allié.


« … but her mummy is yelling, “No”
And her daddy told her to go,
But her friend is nowhere to be seen… »

Gloria aussi s’est toujours sentie seule, et sa mère n’a cessé de lui dire
non, et son père lui a ordonné de partir, elle non plus n’avait pas d’amis pour l’aider…

« Now she walks through her sunken dream
To the seats with the clearest view… »

Ce soir cependant, tout est différent. Ce soir Jamie est là, et Katryn lui a donné en deux jours plus d’affection que sa propre mère en dix-sept ans.


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 30 mars 2018

L'écume des jours de Boris Vian

Il y avait bien longtemps que je n'avais pas lu de roman dit "classique" et, lors d'une bourse au livre pour une association, je suis tombée sur L'écume des jours de Boris Vian que je voulais lire depuis longtemps. J'ai évidemment sauté sur l'occasion !



Quatrième de Couverture
Colin aime le jazz Nouvelle-Orléans, les plats de son cuisinier Nicolas, la patinoire Molitor, le pianococktail qu’il a inventé pour harmoniser les alcools comme les musiques, et aussi son ami Chick, qui collectionne les livres de Jean-Sol Partre.
Puis il rencontre Chloé. Alors Colin aime Chloé, les vitres de couleurs pour la réchauffer, les masses de fleurs pour la guérir… peut-être…

Mon avis
L’écume des jours est le tout premier roman de Boris Vian que je lis, c’est donc sans avoir idée du style de plume que j’allais découvrir que je me suis lancée dans cette lecture.

Dès les premières lignes j’ai compris que je venais de pénétrer dans un univers unique, dans un monde où les limites n’étaient pas celles de l’espace mais plutôt celles du temps. L’environnement dans lequel évoluent les personnages est aussi vivant qu’eux, et même en harmonie avec eux : mobilier, animaux, végétation, … Tout s’accorde à la vie des personnages, renforçant leurs joies et leurs peines et nous faisons plonger tête la première dans le tourbillon de leurs vies.

J’ai souvent été déroutée par les images qu’offrent Boris Vian à travers ses mots mais j’ai surtout été saisie par la justesse de celles choisies, par l’impact qu’elles ont eu sur ma lecture. Les personnages évoluent dans leur bulle, leur monde, ce qu’il se passe autour d’eux les importe peu. Et, doucement, l’extérieur finit par glisser aussi sur nous. Lorsqu’ils se retrouvent à la patinoire, j’ai été stupéfaite de voir des corps s’empiler dans l’indifférence générale puis, peu à peu, ce genre d’événement est devenu un détail, un accessoire à la vie des héros. Et c’est toute la puissance du message : Chloé, Colin, Nicolas, Chick, Isis et Alise sont le centre de leur propre monde et leurs aventures ne regardent qu’eux, tout comme le reste du monde n’a pas d’importance à leurs yeux.

Tout au long de ce roman initiatique, souvent qualifié de conte d’ailleurs, Boris Vian distille ses idées, sur les addictions ou encore sur le travail. En lisant la courte biographie disponible au début de mon édition, la vision qu’il offre du travail dans L’écume des jours prend sens, lui qui « semble avoir vécu plusieurs vies en moins de quarante ans », distribuant son talent à travers plusieurs professions au cours de sa courte vie. Ainsi, Colin ne comprend pas l’intérêt de travailler pour travailler. Il n’aime pas ça, il a besoin d’argent mais souffre de devoir se plier à des tâches aliénantes, des tâches que tout son être refuse d’effectuer convenablement. Colin supporte difficilement de gaspiller son temps pour toucher une misère et surtout d’être loin de Chloé pendant de longues heures. Il supporte mal de devoir travailler pour ensuite profiter. Un mal qui est un fait criant d’actualité, à une époque où on nous pousse à trouver un métier qui nous plait pour que nous vivions bien le fait de devoir passer notre vie au travail.

Et puis il y a la vie, cette vie si précieuse qui est célébrée dans l’insouciance jusqu’à ce qu’elle devienne incertaine, jusqu’à ce qu’elle ne tienne qu’à un fil quand le nénuphar apparait, quand cette métaphore si belle et si cruelle vient rappeler que le temps passe vite, bien trop vite.

L’univers de Boris Vian est percutant de réalisme dans tout l’irréalisme qu’il décrit et c’est ce paradoxe qui fait toute la beauté de L’écume des jours. J’ai été transportée par cette histoire même si je n’ai pas toujours su faire corps avec elle, tant j’ai été déroutée par moment, mais j’ai aimé. La beauté des mots, des métaphores, des images, tout dans la plume de Boris Vian invite à un rêve éveillé. Un rêve où tout n’est pas que fantaisie, où le monde extérieur ne peut malheureusement pas être oublié constamment.

S’il n’y avait qu’une chose à retenir ce serait Carpe diem parce que Memento mori.

« Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mercredi 28 mars 2018

Seul sur Mars de Ridley Scott (2015)

Je fais peu de critiques de films mais je m’y mets dans le cadre des Visionnages Communs Accros & Mordus de Lecture pour garder une trace de ces chouettes moments passés sur le forum.



Synopsis
Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. À 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver.

Mon avis
Seul sur Mars est un film de Ridley Scott, adapté du roman de science-fiction du même nom d’Andy Weir que je n’ai pas lu. Il est fort possible que je le fasse un jour pour pouvoir comparer les deux œuvres.

Lors d’une mission sur Mars, Mark Watney, biologiste, est laissé pour mort par le reste de l’équipage alors qu’une tempête force un décollage en urgence. Lorsqu’il se réveille, il prend conscience de la situation. Il ne peut contacter ses collègues ou encore la NASA et sait que la prochaine expédition n’arrivera pas avant plusieurs années. Dotée d’une rage de vivre puissante, Mark décide de tout mettre en œuvre pour survivre et trouver un moyen de contacter la Terre.

Les détails scientifiques ont su capter mon attention, notamment le petit côté MacGyver du héros, à travers la façon dont son ingéniosité lui permet de prolonger ses vivres, ses expéditions ainsi que sa motivation. Seul face à lui-même, le héros est son propre compagnon et c’est à travers des mini-vidéos qu’il tourne qu’il garde une trace de ses pensées ainsi que de ses journées. L’erreur sociale, sur la chatbox du forum, a d’ailleurs comparé ces passages à un vlog expliquant comment vivre pépouze sur Mars. Et, effectivement, on n’en est pas loin, c’est d’ailleurs un point qui a fini par me lasser même si j’en comprends l’intérêt.

En parlant de lassitude, j’ai trouvé le film trop long et notamment parce que je ne suis pas totalement entrée dans l’histoire. J’ai peu à peu décroché, attendant le dénouement mécaniquement, anticipant les obstacles prévisibles comme les tempêtes, les soucis techniques, les communications compliquées… Je n’ai regardé le film jusqu’au bout que parce que nous étions sur la chatbox à en discuter et que c’était franchement chouette.

Ce qui ne m’a pas lassée, par contre, c’est la vue. Les paysages utilisés pour imager la vue de Mars sont sublimes. Ces grandes étendues désertiques m’ont fait rêver et sont à mon sens le point fort de ce film. Les plans éloignés renforcent la solitude du personnage et poussent à l’introspection, au parallèle avec nos propres vies : ne sommes-nous pas seuls, nous aussi, face à nous-mêmes parfois ?

Bon, cette chronique est à l’image de mon implication dans le film : rapide et un peu superficielle mais je voulais garder une trace écrite de ce visionnage commun.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 26 mars 2018

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald est le second livre que j’ai reçu dans la Glory Book Box sur le thème des fabuleuses années 20. Femme de F. Scott Fitzgerald, elle a finalement passé sa vie artistique dans l’ombre de son mari et son roman, versé vers l’autobiographie, est une peinture de leur relation et de sa place dans ce couple. Tombant peu à peu dans la folie, Zelda finit sa vie dans un asile où elle meurt dans un incendie, quelques années après son mari.
Très critiqué à l'époque, ce roman autobiographique doit être lu, porté au regard de tous car il rappelle que Zelda, comme beaucoup de femmes, a passé trop de temps dans l'ombre de son mari.



Quatrième de Couverture
Accordez-moi cette valse est un roman autobiographique dans lequel Zelda Fitzgerald a transposé sa vision toute personnelle de son mariage avec Scott Fitzgerald. Elle y apparaît elle-même sous le nom, à peine voilé, d'Alabama Beggs, incarnation de ces belles du Sud dont elle était une parfaite représentante. Son mari y figure, lui, sous le nom de David Knight. Écrit en "six furieuses semaines", le manuscrit fut accepté d'emblée par Maxwell Perkins, le propre éditeur et ami de Scott Fitzgerald chez Scriber's. S'il fut boudé par la critique à sa parution, le livre a été réhabilité lors de sa réédition au début des années 1950. Ce portrait d'un homme doué qui s'autodétruit, enfin apprécié à sa juste valeur, est désormais considéré comme une œuvre "puissante et mémorable" (le Times Literary Supplement) dont les personnages et leurs actions - tragiques - contrastent magnifiquement avec le cadre de cette Côte d'Azur ensoleillée où ils évoluent. Au-delà de cette peinture d'une époque et de ses personnages, Accordez-moi cette valse est aussi, et peut-être avant tout, un grand roman d'amour.

Mon avis
Alabama Beggs est une jeune fille excentrique, à l’esprit vif et avide de croquer la vie à pleines dents. Elle se lasse rapidement des prétendants qui gravitent autour d’elle, tels des moustiques attirés par la lumière éclatante qu’elle dégage, jusqu’à ce qu’elle rencontre David Knight, peintre de talent au succès grandissant. Ils se marient et se lancent ensemble à la conquête du monde, brûlant leur argent et leur jeunesse dans les fêtes et les extravagances.

Leur vie n’est que mondanités et excès, au cœur de New York. David a besoin d’un nouveau souffle artistique tandis qu’Alabama s’épuise de leur vie : ils partent alors pour la France avec leur petite fille à une époque où ma valeur du dollar leur permet de vivre luxueusement. Leur nouveau rythme de vie, dans le sud, les ennuie progressivement et Alabama trouve un second souffle à travers le regard d’un autre homme qui la fait à nouveau se sentir importante, désirable, vivante. David s’en rend compte et enferme sa femme chez eux. Ils finissent par partir à Paris où leur relation va encore se dégrader. Ils forment une équipe mais ne jouent plus réellement ensemble : ils assurent leur part chacun de leur côté.

Accordez-moi cette valse raconte finalement l’histoire d’un couple où deux jeunes adultes se construisent à travers le temps, apprennent à accepter que la passion peut finir par s’étioler et que deux êtres entiers peuvent difficilement briller ensemble, en même temps. C’est Alabama ou David mais l’art n’accepte pas que l’un brille sans que l’autre ne soit dans l’ombre pour le soutenir vers la lumière. Et c’est le rôle qui est destiné à Alabama en premier lieu, en tant que femme d’artiste puisque c’est ainsi qu’elle est présentée au monde.

Alabama et David s’aiment mais ils finissent par s’éloigner pour être pleinement eux-mêmes, chacun de leur côté. Ce qu’ils dégagent est trop intense pour ne pas les brûler s’ils brillent ensemble. Alabama grandit au fil des pages mais cette évolution semble ne devoir passer que par des épreuves plus dures les unes que les autres. Elle doit tomber pour se relever, elle doit souffrir pour trouver un nouveau souffle.
Puis, finalement, le couple revient sur ses pas et atteint la maturité, l’âge auquel ils regardent leur ancienne vie palpitante avec mélancolie et comprennent que l’heure est à l’apaisement. Seulement, cet apaisement ne semble pas être une bonne chose pour Alabama : à travers son regard, on comprend que ses jeunes années sont terminées et que la sagesse forcée est arrivée. Le temps des excès doit cesser pour enfin se ranger et se lancer dans les traces de ses parents, pour élever sa fille qui se construit déjà sans elle et être un exemple de droiture et surtout solide.

Zelda Fitzgerald nous offre ici sa version de son histoire avec F. Scott Fitzgerald, dans un style unique, saccadé par moment, fait de descriptions étranges mais étonnamment parlantes. La narration est imprécise et montre à quel point ce roman est surtout une transposition de ses propres souvenirs, de sa propre vie. Certains faits s’enchainent avec logique, d’autres semblent être remontés en surface pile au moment de poser la plume sur le papier, donnant un ensemble parfois déroutant mais beau dans son genre.
Le cheminement d’Alabama est difficile et sa conclusion bouleversante, ce qui laisse imaginer l’état dans lequel était Zelda Fitzgerald au moment où ses troubles schizophréniques prenaient racines en elle.

Accordez-moi cette valse montre une nouvelle fois à quel point le rôle de la femme n’était pas simple dans les années 20, à quel point Alabama a fini par souffrir de la position de son mari parce que c’était lui qui brillait artistiquement. David n’essayait pas toujours d’être au-dessus de sa femme, il l’a même soutenue dans ses rêves mais à distance, pas sous le même toit, pas devant un même public. Ils devaient se diviser pour pouvoir briller tous les deux et c’est toute la tragédie de leur histoire. C’est un écho avec notre société actuelle où on attend encore des femmes qu’elles positionnent aussi souvent que possible leur vie de famille au premier plan, au détriment de leur carrière.
Accordez-moi cette valse est une histoire qui bouleverse à travers le combat mené par Alabama contre elle-même, contre son couple, pour son couple, pour sa vie.

« Une fois il avait dit : « S’il te faut absolument choisir, alors choisis d’être une déesse. » C’était quand elle avait voulu n’en faire qu’à sa tête. Mais ce n’était pas facile d’être une déesse loin de l’Olympe. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 23 mars 2018

Discours présentant le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse à l'Assemblée Nationale de Simone Veil

Dans le cadre d’une Lecture Commune Accros & Mordus de Lecture, j’ai lu le discours prononcé par Simone Veil à l’Assemblée Nationale le 26 novembre 1974, présentant la loi l’interruption volontaire de grossesse. Mon avis est assez décousu, n'a pas réellement de fil conducteur et ne va pas au fond des choses, il constitue surtout mes réactions brutes à la lecture, mon sentiment d'injustice et le fait que, pour gagner cette bataille, Simone Veil a dû user des rouages politiques qui enlèvent beaucoup de beauté au geste final. Mes mots peuvent paraître très critiques mais ce n'est pas envers Simone Veil, plutôt envers la société de l'époque mais aussi l'actuelle. Pour ceux qui voudraient lire le discours, il est disponible ici.



Document
Discours de Simone Veil à l'Assemblée Nationale lors de la séance du 26 novembre 1974, présentant le projet de la loi relative à l'interruption volontaire de grossesse, dite Loi Veil, qui sera adoptée le 17 janvier 1975.
Le document est le compte rendu intégral de cette séance, le discours de la Ministre de la Santé allant de la page 6998 à la page 7002.

Mon avis
Souvent cité, ce discours illustrait à mes yeux le combat mené par Simone Veil pour les droits des femmes tout au long de sa vie. Haute figure du féminisme, régulièrement prise en exemple, elle est de ces femmes incontournables lorsqu’on veut rappeler les combats menés et ce qu’il reste à accomplir.

Au fil de ma lecture, j’ai déchanté, oubliant l’époque, le contexte, le lieu où ce discours a été prononcé. Dès le début, le premier argument avancé m’a paru vicié :

« Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu'elle est déplorable et dramatique.

Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l'écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu'il n'y a plus à proprement parler de répression, c'est le respect des citoyens pour la loi, et donc l'autorité de l'Etat, qui sont mis en cause.

Lorsque des médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaitre publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas, au ministère de la justice, lorsque des services sociaux d'organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l'étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d'anarchie qui ne peut plus continuer
(Applaudissements sur divers bancs des républicains indépendants, de l'union des démocrates pour la République, des réformateurs, des centristes et des démocrates sociaux et sur quelques bancs des socialistes et radicaux de gauche.) »

C’était donc la face du pays qu’il fallait sauver en tout premier lieu ? J’ai dû respirer, me rappeler qu’il s’agissait d’un exercice oratoire face à des hommes, majoritairement, dont de nombreux conservateurs. Des hommes qu’il fallait tenter de séduire dès le départ avant d’aborder les autres points clés, les points qui traitaient enfin des femmes. Dès le début de ce discours, j’ai été ramenée sur terre en me rappelant qu’il s’agissait de politique et non de philanthropie. Emportée par mon enthousiasme face à ce discours que j’avais tant fantasmé, j’en ai oublié l’essentiel : il s’agissait de faire passer une loi et non de changer les mentalités dans un cercle où le travail aurait été titanesque, sûrement impossible.

Par la suite, Simone Veil rappelle que l’avortement n’est pas une balade de santé, un choix fait sur un coup de tête, surtout quand il est interdit par la loi et répréhensible, surtout quand il est pratiqué dans la clandestinité et, parfois, par des bouchers avides de deniers. La Ministre de la Santé qu’elle est alors explique le problème sanitaire, qu’il soit physique ou moral. Elle passe par la préoccupation qui incombe à un État, la démographie, montrant que le droit à l’avortement ne va pas stopper les naissances mais juste garantir un encadrement et une juste prise en charge d’un acte déjà pratiqué.

La démographie, cette peur intestine de l’Homme mais surtout des hommes de voir les naissances chutées, de voir les femmes contrôler et choisir si elles veulent tomber enceinte ou non, cette peur déjà soulevée au moment de la légalisation de la contraception. Mais qui étaient-elles, ces femmes, ces moitiés d’hommes, pour oser vouloir choisir le moment où elle accepterait de laisser une vie croitre en elles ?

La contraception est largement encouragée dans le discours de Simone Veil et elle met cela en opposition à l’avortement qui ne sera pas encouragé mais encadré. D’ailleurs, l’accent est mis sur la prise en charge psychologique, sur l’accompagnement réservé aux femmes prises en charge : tout sera fait pour s’assurer qu’elles n’ont pas d’autres choix. Au moins, on parle de leur choix. S’il est soulevé que ce choix devrait être pris « en famille », la parole finale sera donnée à la femme. Non pas parce qu’on la juge seule maître de cette décision de vie mais parce qu’il est certain que, si elle ne veut vraiment pas de cet enfant, la femme trouvera le moyen de s’en débarrasser. Là aussi, on sent qu’il s’agit d’un exercice de séduction, que Simone Veil montre qu’il n’y a pas d’autre solution que de laisser ce choix aux femmes, mais ça n’en reste pas moins dur à encaisser en tant que femme. J’ai du mal à vivre à mon époque, avec le sexisme toujours ambiant, mais je n’ose imaginer ce que ça devait être dans les années 70.

En tant que femme, Simone Veil a sûrement dû se plier à une lutte houleuse avec sa morale pour placer ses arguments. Vu plusieurs décennies après, son discours transparait clairement comme celui d’une charmeuse de serpents, plaçant çà et là des phrases qui font mal à la féministe que je suis mais je comprends.

Mais un point m’a vraiment chagrinée, même en me replaçant dans le contexte de l’époque : le choix de ne jamais avoir d’enfant.
Simone Veil insiste beaucoup sur le fait que l’avortement doit être autorisé pour ne pas laisser une femme en détresse prendre une décision irrévocable, elle explique qu’une grossesse non désirée et pire, détestée, peut mener à des gestes terribles, au suicide. Dans son argumentaire, c’est le timing qui est le point clé : les femmes doivent pouvoir avorter si leur grossesse n’est pas désirée à un instant T, si leur situation familiale ou financière n’est pas idéale. Le timing doit être le bon pour que l’enfant puisse être élevé dans les meilleures conditions, chéri, porté vers son avenir (et accessoirement l’avenir du pays, évidemment).

Et puis, il y a cette partie :

« Rares sont les femmes qui ne désirent pas d'enfant ; la maternité fait partie de l'accomplissement de leur vie et celles qui n'ont pas connu ce bonheur en souffrent profondément. Si l'enfant une fois né est rarement rejeté et donne à sa mère, avec son premier sourire, les plus grandes joies qu'elle puisse connaître, certaines femmes se sentent incapables, en raison des difficultés très graves qu'elles connaissent à un moment de leur existence, d'apporter à un enfant l'équilibre affectif et la sollicitude qu'elles lui doivent. A ce moment, elles feront tout pour l'éviter ou ne pas le garder. Et personne ne pourra les en empêcher. Mais les mêmes femmes, quelques mois plus tard, leur vie affective ou matérielle s'étant transformée, seront les premières à souhaiter un enfant et deviendront peut-être les mères les plus attentives. C'est pour celles-là que nous voulons mettre fin à l'avortement clandestin, auquel elles ne manqueraient pas de recourir, au risque de rester stériles ou atteintes au plus profond d'elles-mêmes. »

En 1974, il y a déjà des femmes qui n’ont pas d’enfants par choix. Il y a des femmes qui s’accomplissent par un autre aspect de leur être que leur utérus. Pourtant, aux yeux des têtes dirigeantes du beau pays qu’est la France, ces femmes sont visiblement incomplètes. Biologiquement, et socialement, l’être humain tend évidemment à se reproduire, à transmettre une partie de lui à un être à façonner et voir grandir. Mais certains et certaines font le choix de ne pas avoir d’enfants et, quand il s’agit des femmes, la France de 1974 considère que ce choix entrave la réussite de la vie. Alors oui, sûrement qu’en 1974 c’était une croyance profondément inscrite dans l’esprit des gens, sûrement aussi que le manque de considération envers les femmes pour autre chose que leur capacité à pondre des mioches faisait que tous pensaient que la maternité était le plus bel accomplissement de la femme.

Si j’ai eu mal en lisant ce passage, je l’ai compris après, c’est parce que aujourd’hui encore, en 2018, les hommes mais surtout les femmes qui disent ne pas vouloir d’enfant sont niés. Du haut de mes 25 ans, quand je dis « peut-être un jour mais je ne suis même pas sûre d’en vouloir » on me répond « Tu verras, plus tard, tu en voudras, tu as le temps ». C’est peut-être vrai mais ça part d’une condescendance gerbante, d’un « tu ne sais pas ce que tu dis, tu vas changer d’avis ». Je n’ai pas encore d’avis clair sur la question mais je rage intérieurement en pensant à toutes ces femmes qui, elles, savent qu’elles n’en veulent pas et qu’on nie dans leur choix. Ces femmes qui ne veulent pas d’enfant et à qui on dit « tu verras, plus tard… ». L’ensemble de ce discours et ce point m’ont juste rappelée qu’aujourd’hui encore, quand on est une femme, nos choix sont remis en question. On ne remet pas en question un homme qui fait un choix. Nos choix professionnels sont toujours questionnés vis-à-vis d’une actuelle ou future vie de famille. Nos choix personnels aussi.

Oui, les mentalités ont évolué, les gens sont plus ouverts d’esprit, les femmes réussissent à s’imposer plus souvent. Mais c’est tout le problème : les hommes évoluent, s’ouvrent l’esprit, nous laissent une place… Alors que ça devrait être naturel. On ne demande pas à un homme dans un entretien d’embauche s’il compte avoir des enfants, mais à une femme, si. Question de congés maternité mais aussi de congé vacances plus tard, de la garde des enfants… Et à travers ce discours de 1974, je me suis rendue compte que les choses évoluaient trop lentement. Qu’en tant que femmes, nous devons toujours argumenter nos choix, expliquer pourquoi. Prouver encore et encore ce que nous valons. Comme Simone Veil a dû le faire : expliquer pourquoi le choix d’une grossesse revenait à la femme et pourquoi il fallait autoriser l’IVG.

Plus de quarante ans plus tard, il faut encore justifier nos choix.

Merci Simone Veil et désolée d’avoir eu à lire un discours politique plutôt qu’une tribune sortant de tes tripes. Promis, la prochaine fois, je lirai tes écrits pour retrouver la foi.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

jeudi 22 mars 2018

Ida, suivi de La comédie bourgeoise d'Irène Némirovsky

Dans un précédent article, je vous parlais de la Glory Book Box sur le thème des fabuleuses années 20. Ida est l'un des livres qu'il y avait dedans et que j'ai lu. J'ai pu découvrir grâce à cette box une autrice à la plume magique et qui était engagée dans son art pour la cause des femmes qu'elle décrit sous deux angles différents avec ces deux nouvelles. Je vous conseille vivement de vous pencher sur des autrices, de vous intéresser à ce qu'elles ont à dire sur nous, les femmes : le féminisme à travers le temps c'est aussi lire les mots de ces femmes qui se sont battues pour se faire entendre. Lisez des femmes, surtout en ce mois de mars, surtout en cette période où on cherche encore à nous museler lorsqu'on réclame les mêmes droits que les hommes.



Quatrième de Couverture
Les paillettes, les plumes et les strass, les bouquets de fleurs, les hommes fous d'amour, l'ivresse des applaudissements... tel est le quotidien de la belle Ida Sconin, célèbre meneuse de revue parisienne. Mais le temps passe impitoyablement et il devient de plus en plus difficile de faire illusion.

L’auteur de l’inoubliable Suite française nous offre deux nouvelles d’une douloureuse lucidité, deux destins de femmes cruels et intimistes.

Ces nouvelles sont extraites de Films parlés (1934).

Mon avis
Irène Némirovsky a écrit et vécu à une époque où la place de la femme était encore bien définie par la société à la maison. Elle a fait partie de ces femmes qui montraient à travers leurs écrits l’oppression subie par notre genre. Ses héroïnes montrent qu’elles vont au-delà de ce qu’on attend d’elle, ce qu’on suppose, que l’utérus obtenu à la conception n’est pas un frein à l’accomplissement d’une vie. Mais Irène Némirovsky a aussi subi l’antisémitisme et, après qu’on lui ait refusé la nationalité française en 1938, elle doit comme beaucoup faire profil bas pendant la guerre. Seulement, elle est arrêtée, déportée et meurt à Auschwitz, laissant derrière elle des écrits qui permettent de faire vivre sa mémoire.

Ida

Ida est une meneuse de revue qui garde la tête d’affiche à un âge où les autres artistes ont été reléguées au dernier plan depuis longtemps. Craignant de perdre la lumière qui la fait vivre, elle se donne encore et encore pour garder son trône malgré les rides camouflées sous la poudre et son corps qu’elle a épuisé au fil des ans. Elle est au sommet, a tout sacrifié pour cette place et, pourtant, elle doit sans cesse faire ses preuves. Encore et encore, montrer au monde qu’elle est la meilleure. Ce monde qui admire sa ténacité tout en lui renvoyant au visage chaque soir que sa date de péremption est proche, qu’au moindre faux pas, ce sera la fin.

Ida, même au sommet, doit encore tout prouver. Chaque jour est un nouvel examen final, chaque tableau est un test. Une femme, lorsqu’elle a accompli de grandes choses, lorsqu’elle brille, ne doit jamais baisser sa garde et prouver qu’elle mérite toujours sa place. Encore et encore. Ida est forte, elle est consciente de ce qui l’a menée jusqu’ici et elle sait qu’elle est la meilleure. Seulement, c’est toujours à travers le regard des autres qu’elle se sent vivante : le spectacle ne vit que par l’approbation du spectateur. Mais c’est toute sa vie qui tient à ce fil, cette vie qu’elle a consacré à sa carrière. Le moindre jugement, dans le regard des hommes mais aussi celui des femmes est un coup de poignard. Malgré sa force et son talent, c’est dans le regard de l’autre qu’elle cherche la reconnaissance, qu’elle s’accroche à une gloire qui est éphémère malgré la longévité déroutante de sa carrière.

À travers cette nouvelle, Irène Némirovsky rappelle inlassablement, dans un rythme lent et lascif, que quoi que fasse Ida, elle dépend du regard des autres, de leur jugement. En tant que femme, son corps qui est son outil de travail ne lui appartient pas vraiment et est voué à dépérir. Ce corps qui a été son meilleur allié devient son pire ennemi en flanchant. Elle est sa propre ennemie, elle lutte contre les effets du temps parce que c’est ainsi qu’on traite les femmes : l’âge arrive, la beauté juvénile appréciée et validée par les autres n’est plus, puis l’âme se fane.

« Elle se sent triste. Car elle a beau farder son visage, taillader ses seins et ses joues, masser son front, effacer tous les jours les rides, qui, toutes les nuits, inlassablement, se reforment, elle ne peut s'empêcher que son âme, par moment, s'essouffle et se fatigue plus vite que son corps. »

La comédie bourgeoise

Madeleine est une jeune fille de bonne famille, vouée à épouser un homme qui prendra la suite de son père à l’usine. Ses parents choisissent son époux, qu’elle apprend à connaître. Mais Henri a déjà une maîtresse, qui assure avoir un enfant de lui. Le scandale passe, le mariage a lieu et Madeleine s’accorde parfaitement dans sa petite vie bourgeoise, avec son mari, puis leurs deux enfants ensuite. Madeleine n’est pas heureuse mais elle affronte la vie, elle se plie au rôle qu’on lui a confié, malgré les aventures de son mari, les épreuves. Elle se prend un jour à vivre une passion éphémère avec un ami, une passion qui la fait se sentir vivante, qui lui rappelle qu’elle est une personne à part entière. Mais cela doit s’arrêter, comme tout ce qui n’entre pas dans le moule conçu pour une parfaite femme.

En apparence, Madeleine est passive, résiliente. Mais, au fond, c’est sa force qui nous touche, sa façon d’accepter ce qu’on attend d’elle, de se laisser briser peu à peu sans jamais baisser la tête. Jusqu’au jour de la libération, quand elle retrouve enfin sa liberté et laisse sa nature profonde éclater au grand jour : elle a fait ce qui était attendu jusqu’au bout sans jamais perdre l’essence même de son être, un être façonné au fil du temps. Et quand vient l’heure où elle n’a plus ces obligations imprimées dans sa chair, elle s’impose et surprend autant son entourage que les lecteurs.

À travers un rythme rapide et lent à la fois, Irène Némirovsky montre à nouveau le poids qui pèse sur les épaules d’une femme, la charge qu’elle doit supporter encore et encore jusqu’au jour où elle peut enfin s’en délester et s’imposer. Comme toujours, cela passe par la fin du joug de l’homme sur la femme, rappelant une fois encore qu’être une femme est un parcours du combattant et qu’il faut une force incroyable pour ne pas se laisser briser par la vie.

« - (...) Tout ton portrait, Madeleine, à cet âge-là. Oh, c'est dégoûtant, vois-tu, comme la vie est courte !
- Elle est bien assez longue, dit Madeleine, mais c'est la jeunesse qui passe vite.
»

Ces deux nouvelles sont un hommage rendu aux femmes, ces femmes qui écrasées par la société patriarcale de l’époque peine à sortir de la place qui leur est imposée. Ces femmes qui sont un objet de décoration parmi tant d’autres dans une maison, dont on attend une attitude parfaite, une harmonie sans faille avec le moule qu’on leur impose. Ces femmes qui doivent être plus fortes que les hommes pour supporter l’oppression tout en ne se laissant pas détruire par ces carcans qui cherchent à les museler sans relâche. Quelle que soit la classe sociale à laquelle appartient une femme, elle doit combattre sans cesse pour ne pas se perdre dans l’image qu’on lui demande de renvoyer.

Poignante, l’écriture d’Irène Némirovsky nous transporte et nous aide à nous fondre dans la vie de ces femmes qui luttent inlassablement contre les autres mais aussi contre elles-mêmes.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 20 mars 2018

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur d'Harper Lee

Avec une Lecture Commune Accros & Mordus de Lecture j'ai pu lire ce classique de la littérature américaine. Et j'en suis bien contente !



Quatrième de Couverture
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Mon avis
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est une immersion dans l’Amérique sudiste ségrégationniste, en Alabama, au cœur des années 30. À travers le regard d’une enfant curieuse du monde et pleine d’innocence, nous plongeons dans une intrigue où les préjugés et le racisme se heurtent à la tolérance qui peine à faire sa place.

Scout Finch est une petite fille à l’esprit vif, aux réflexions tintées d’une maturité intellectuelle impressionnante. En même temps, elle reste une enfant qui ne comprend pas tous les aspects du monde adulte, toutes les réactions autour d’elle. Ce qu’elle comprend, cependant, c’est qu’être une petite fille qui grandit n’est pas agréable. Son frère aîné, Jem, s’approche de l’adolescence et devient distant, cherchant à se comporter comme un homme, et elle ne comprend pas pourquoi il se met désormais à lui rappeler qu’elle est une fille. Sa tante tient absolument à ce qu’elle porte des robes étouffantes et à ce qu’elle tienne sa langue constamment. Son institutrice n’accepte pas qu’elle sache déjà lire alors qu’elle devrait tout juste apprendre à former des mots. Tout ce que Scout fait semble être en contradiction avec ce qu’on attend d’elle, en tant que petite fille. Et elle ne se laisse pas faire, elle est une véritable bouffée d’oxygène dans une monde où chacun doit rester à sa place.

Puis il y a les jeux, le voisin d’en face que personne n’a vu depuis des années mais que Scout et Jem cherchent à faire sortir de la maison parce que, ils en sont sûrs, il s’y cache. Il y a les querelles d’école, les habitants marginaux de Maycomb que tout le monde méprise. Et ce père, Atticus Finch, qui élève seul ses enfants en leur inculquant ses valeurs, lui, avocat droit et honnête, homme tolérant et sage. Enfin, il y a ce viol, celui d’une jeune femme blanche par un homme noir, dans un contexte où l’accusé ne peut qu’être coupable ne serait-ce qu’à cause de sa couleur de peau. Atticus est son avocat commis d’office et les questions de ses enfants fusent, celles des habitants aussi quand chacun se rend compte qu’Atticus compte bien mener cette affaire avec droiture.

Toutes ces intrigues se mêlent, s’emmêlent et prennent sens lorsque le schéma final apparaît enfin et c’est un coup de maître d’Harper Lee, une façon d’imbriquer des éléments qui nous font perdre le fil conducteur en apparence alors qu’il n’en est rien. Lorsque tout prend enfin sa place, on ne peut qu’admirer la façon dont elle a eu de tricoter les épisodes et les personnages autour d’un noyau dur qu’on ne percevait pas encore.
Et tous ces éléments mettent en avant des faits de société forts, pointent du doigt le racisme ambiant, les effets de la marginalisation des plus pauvres, les petites querelles qui grossissent chaque jour pour finir par se transformer en haine sans borne. Il y a aussi la condition de la femme, abordée à travers l’évolution de Scout, qui tient une certaine place au fil des pages, qui rappelle la séparation nette faite entre les garçons et les filles à partir du début de l’éducation, comme la ségrégation raciale à cette époque.
Avec son roman, Harper Lee offre une large palette d’axes de réflexion sur la vie, sur les inégalités, sur le fait de se conforter dans une société qui différencie les êtres humains.

Et puis il y a l’évolution des personnages de Scout et Jem, qui franchissent une nouvelle étape de leur vie avec perte et fracas : la fin de l’innocence après avoir découvert trop tôt que la nature humaine n’était pas si douce. Ils apprennent à travers une histoire très dure que leur père, leur héros, ne peut pas toujours gagner. Ils apprennent que ce héros n’est pas capable de se lever seul contre tous malgré toute sa bonne volonté. Ils apprennent surtout que ce ne sont pas les gens honnêtes et droits qui gagnent à tous les coups.

Si on peut reprocher à Harper Lee le manque de réalisme dans la construction du personnage de Scout, avec cette opposition constante entre cette innocence enfantine et des réflexions bien trop poussées pour son âge, il faut aussi louer le fait que cette imperfection fait toute la particularité du livre. Cette dualité entre innocence et pragmatisme permet de se poser les bonnes questions au fil de la lecture sans se laisser parasiter par des préjugés : Scout est une âme vierge au départ et c’est ce qu’il faut que nous soyons en lisant ces pages pour saisir toute l’injustice de l’histoire. Rappelons que ce livre a été publié en 1960, date à laquelle des lois ségrégationnistes existaient encore dans des états du sud des États-Unis, marquant une différence nette entre les citoyens selon la couleur de leur peau. Et, aujourd’hui encore, il serait de bon ton que certains apprennent à se laver de leurs préjugés avant de s’intéresser à des faits : on a tout à gagner en agissant ainsi.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est un roman qui permet de se plonger dans une communauté aux idées fermées, à une époque où la ségrégation faisait rage et où la meilleure volonté du monde ne suffisait pas pour que tout se termine bien. C’est un roman qui rappelle d’où nous venons et, surtout, qui nous montre malheureusement que nous ne sommes pas encore arrivés à un point où les différences sont célébrées plutôt que jugées. Mais à force de lectures, de rencontres, d’expériences, nous pouvons nous en rapprocher chaque jour un peu plus.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 10 mars 2018

L'Errante de Valeria Montaldi

Une lecture qui m'a déçue et même ennuyée sur la fin... Mais ça reste le lot du roman historique : ça passe ou ça casse.



Quatrième de Couverture
1494. Dans la petite maison nichée dans les bois de Machod, la belle Britta da Johannes vit seule, recluse. Bien que beaucoup dans le village bénéficient de ses remèdes à base de plantes, la jeune femme suscite la peur. Médisances et calomnies s’accumulent à son encontre et parviennent jusqu’aux oreilles de l’Inquisiteur, dont le verdict est sans appel : Britta est une sorcière…

2014. Par un froid matin de novembre, Barbara Pallavicini, spécialiste des études médiévales, atteint les ruines du château Saint-Jacques-aux-Bois. Elle vient chercher l’élément qui doit lui permettre de terminer sa thèse : l’inscription laissée par une femme reconnue coupable de sorcellerie. Mais dans la faible lumière du crépuscule, c’est un cadavre qu’elle trouve. Terrifiée, elle appelle la police. Commence alors une nouvelle enquête pour Giovanni Randisi, adjudant des carabiniers d’Aoste. Et si le destin de cette passionnée d’occulte et celui de Britta étaient liés ?

Mon avis
Les romans sur fond historique avec une touche de thriller, c’est à double tranchant : soit je suis complètement fascinée et séduite, soit l’intrigue ne prend pas et je soupire du début à la fin. Ici, malheureusement, c’est plutôt l’option yeux levés au ciel toutes les trois phrases qui a primé.

L’intrigue avait du potentiel en abordant le traitement réservé aux femmes qui vivaient en marge de la société, qui rendaient service avec des remèdes à base de plantes, qui dérangeaient quand elles étaient belles et attiraient les regards des hommes. Ces femmes qui étaient rapidement qualifiées de sorcières, de connivence avec le diable. La dualité entre le passé et le présent, les intrigues qui s’entrecroisent et se répètent dans le temps, c’est le genre de mélange que j’aime beaucoup. Mais, ici, l’histoire sonne creux et le côté « historique » est bien trop tiré par les cheveux malgré le travail de documentation qui semble avoir été fait.

L’histoire aurait pu fonctionner mais deux points noirs empêchent la mayonnaise de prendre avec moi : des personnages insipides à qui on tente de donner une fausse profondeur pour la forme et des dialogues qui sonnent aussi faux que l’intrigue. Est-ce un problème de traduction ? Je n’en suis pas certaine puisque c’est souvent que je tombe sur ce problème dans les romans sur fond historique, tout en ayant conscience qu’un problème de dialogues peut aussi être directement lié à une traduction qui ne réussit pas à garder du naturel. Mais, vraiment, plus je lis, plus je deviens intransigeante face à des personnages voulus profonds et mystérieux et à qui on donne des attitudes de martyrs juste pour servir une histoire. Je préfère cent fois un personnage simple, naturel et qui se forge à travers l’intrigue plutôt que des héros sur lesquels on fait des collages d’attributs clichés pour coller à une ambiance choisie. C’est très personnel comme préférence, et je pense qu’ici, le choix fait par l’auteur peut fonctionner sans problème pour les lecteurs qui apprécient ce style.

Enfin, la touche de fantastique aurait pu être intéressante mais, là aussi, elle est mal dosée et très clichée. Un moyen d’avoir une touche de mystère posée là, pour faire joli mais qui aurait tellement gagné à être plus discrète, plus nuancée.

Sur la fin du roman, je n’avais qu’une hâte, que ça aille vite. J’ai été très déçue du résultat, du dénouement aussi et je regrette surtout que le potentiel de l’idée de base n’ait pas été exploité. Comme toujours, cela ne m’empêchera pas de relire des romans inspirés de l’histoire parce qu’au fond, j’aime ce genre et de temps en temps, je réussis à tomber sur des livres qui me plaisent vraiment. Je pense tout de même que ce livre peut plaire aux amateurs du genre, je suis simplement bien trop exigeante sur certains points.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 9 mars 2018

Glory Book Box : Les fabuleuses années 20

Il y a quelques mois, j’ai participé à un sondage préparant la mise en place d’une box littéraire spéciale autrices. L’idée m’a immédiatement séduite et j’ai évidemment suivi ce projet de très près.


Fin octobre, la Glory Book Box était lancée sur le thème Fantastique/Horrifique pour Halloween. Je me suis fait offrir la deuxième box, sur le thème des Fabuleuses Années 20 à Noël (qui est arrivée quelques jours avant Noël et que j’ai dû laisser sous le sapin de trèèès longs jours (au moins deux quoi)).


Ouverture de la box *_*

J’ai choisi le format normal, composé de deux livres de poche et de goodies à 24 euros. Le prix peut sembler élevé mais il me convient, notamment pour le travail fourni et les découvertes qui vont avec. Un petit livret présentant la biographie des autrices sélectionnées ainsi que des pistes pour aller plus loin sur le thème (livres, séries, films, …) permet de s’immerger complètement dans l’ambiance. Il y a même de quoi se détendre avec une page à colorier !


Les deux livres ♥

Ida, suivi de La comédie bourgeoise d’Irène Némirovsky
Les paillettes, les plumes et les strass, les bouquets de fleurs, les hommes fous d'amour, l'ivresse des applaudissements... tel est le quotidien de la belle Ida Sconin, célèbre meneuse de revue parisienne. Mais le temps passe impitoyablement et il devient de plus en plus difficile de faire illusion.
Deux nouvelles d'une douloureuse lucidité, deux destins de femmes cruels et intimistes.

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald
Accordez-moi cette valse est un roman autobiographique dans lequel Zelda Fitzgerald a transposé sa vision toute personnelle de son mariage avec Scott Fitzgerald. Elle y apparaît elle-même sous le nom, à peine voilé, d'Alabama Beggs, incarnation de ces belles du Sud dont elle était une parfaite représentante. Son mari y figure, lui, sous le nom de David Knight. Écrit en "six furieuses semaines", le manuscrit fut accepté d'emblée par Maxwell Perkins, le propre éditeur et ami de Scott Fitzgerald chez Scriber's. S'il fut boudé par la critique à sa parution, le livre a été réhabilité lors de sa réédition au début des années 1950. Ce portrait d'un homme doué qui s'autodétruit, enfin apprécié à sa juste valeur, est désormais considéré comme une œuvre "puissante et mémorable" (le Times Literary Supplement) dont les personnages et leurs actions - tragiques - contrastent magnifiquement avec le cadre de cette Côte d'Azur ensoleillée où ils évoluent. Au-delà de cette peinture d'une époque et de ses personnages, Accordez-moi cette valse est aussi, et peut-être avant tout, un grand roman d'amour.

J’ai déjà lu le premier (coucou la meuf en retard sur ses chroniques) et je suis en train de terminer le second. La sélection est juste parfaite et m’a permis de découvrir deux autrices merveilleuses et je ne m’arrêterai certainement pas là.


Les goodies

Côté goodies, j’utilise le masking tape dans mon BuJo (et il s’y accorde parfaitement), le crayon est superbe, le sucre d’orge n’a pas fait long feu (#gourmande), l’étiquette et la carte servent déjà de décoration à mon petit appartement. Bref, c’est le carton plein avec cette box !

J’ai aussi reçu la toute première box que je présenterai une prochaine fois, c’est promis.

Si vous cherchez une box à tester et que vous voulez ouvrir votre horizon littéraire à de fabuleuses autrices, foncez ! Le service est de qualité, le suivi est parfait et la cause défendue est importante.

Merci à Glory Book Box d’exister !

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Profil instagram de Glory Book Box

mercredi 7 mars 2018

Sang lié de David Bosc

Une lecture qui me laisse un sentiment mitigé, qui date d'il y a plusieurs mois mais que je voulais quand même partager ici.



Quatrième de Couverture
Par bonheur, je suis revenu de rien.

Sang lié est le récit d’une initiation, de la découverte merveilleuse et douloureuse du monde après l’adolescence, des barrières auxquelles on se heurte. Il existe plusieurs manières de les contourner ou de les franchir. L’alcool d’abord, avec ses dérives nocturnes qui bouleversent le paysage urbain. La révolte, la solitude, le refus du monde et de soi emprisonnent le narrateur dans toute la première partie du livre, âpre et violente. Le ton change dans la seconde, l’atmosphère s’éclaircit avec la découverte que l’amour est possible. Loin des confessions cyniques et complaisantes à la mode, David Bosc livre sur la rencontre entre deux êtres des pages qui viennent rappeler que “l’amour fou" des surréalistes est toujours d’actualité et sans doute une salve de résistance à l’oppression que nous fait subir quotidiennement la société contemporaine.

Mon avis
Sang lié est un livre à l'écriture superbe, au rythme tantôt fluide, tantôt saccadé, où les mots nous entraînent dans un chute vers le terrible âge adulte. Seulement, malgré la beauté de l’écriture, je n’ai pas été touchée. Chaque paragraphe pris à part est beau, poétique, mais le tout ensemble devient lourd et déroutant.
Je n’ai pas apprécié ma lecture, j’ai même énormément décroché, ne réussissant pas à me concentrer plus de quelques lignes sur l’intrigue tant les tournures de phrase, aussi belles soient-elles, accaparaient finalement toute mon attention.

Au-delà de l’écriture, le thème abordé m’intéressait mais j’ai eu l’impression, comme souvent avec ce genre de lecture, de lire les états d’âme d’un héros torturé par la vie alors que la torture n’est rien d’autre que le fruit de son esprit. C’est un thème que j’apprécie généralement, entrer dans la tête des personnages et en comprendre les terribles rouages mais là, j’avais l’impression d’être face au cliché du jeune adulte grillant sa cigarette au bord de sa fenêtre et pleurnichant parce qu’il trouve que le soleil ne se lève pas assez vite pour justifier sa pose de poète maudit. C’est un ressenti tout personnel mais qui a suffi à me rebuter sur le reste des pages. Étrange d’ailleurs ce sentiment que d’apprécier le style, la forme mais pas du tout le fond. Peut-être parce qu’il me renvoie au fouillis qu’a été mon passage à l’âge adulte, au fait que se confronter à la réalité est bien plus complexe qu’il n’y parait ? Est-ce que le combat intérieur mené par le héros n’est pas celui de tous ?

Finalement, je n’ai pas compris l’ensemble du bouquin, appréhendant mieux les passages pris séparément et j’ai trouvé ça dommage. Je salue la qualité de la plume mais ne peux que regretter de n’avoir rien ressenti.

« La langue nous occupait beaucoup ; aussi bien, tout finissait par nous y conduire. Elle voulait croire qu'un jour nous susciterions une langue nouvelle, parce qu'elle trouvait intenable d'avoir à faire usage de celle des assassins, de n'avoir que celle-là pour faire la lumière.»

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 6 mars 2018

Les Passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui

Je suis, comme toujours, en retard sur mes chroniques mais certains livres comme celui-là méritent un article donc je replonge au coeur de mes souvenirs ! Les Passeurs de livres de Daraya m'a bien trop bouleversée l'an dernier pour que je n'en parle pas ici ♥



Quatrième de Couverture
De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd'hui d'étouffer. Ce récit, fruit d'une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Mon avis
Daraya, ville assiégée aux portes de Damas, subit les attaques du régime syrien durant quatre longues années. Historiquement vue comme une ville se soulevant contre l’oppression, la pression mise sur la ville par le régime sert d’exemple. Une rumeur circule selon laquelle la ville serait dotée d’une bibliothèque secrète, d’un lieu où la résistance se fait d’abord par l’esprit. C’est en entrant en contact avec les habitants de Daraya que Delphine Minoui nous entraine dans la réalité de la guerre en Syrie, dans la lutte pour la survie et, surtout l’évasion de l’esprit.

Au fil des pages, on pénètre dans le quotidien bouleversant des habitants de Daraya qui, au fil des bombardements, tentent de sauver les livres des bibliothèques des maisons détruites. Soucieux de peut-être restituer un jour les ouvrages à leurs propriétaires, les livres sont tous identifiés et stockés dans le sous-sol d’un immeuble qui devient un lieu hors du temps pour les habitants. Certains y apprennent l’anglais pour lire de nouveaux livres, d’autres se forment à la philosophie pour rêver à un monde meilleur… Et, au milieu de cet espoir fait de mots le quotidien foudroyant refait toujours son apparition, rappelant à tous que la Syrie est tiraillée par un conflit intestinal.

Sans réellement prendre parti, Delphine Minoui nous offre un nouveau regard sur le conflit syrien, une toute autre vérité que celle diffusée par le régime ou encore les journalistes télé. On y découvre la complexité de ce conflit qui n’a pas que deux camps mais où plusieurs idéaux luttent, prenant dans leur étreinte violente de nombreux civils en otage.

Les Passeurs de livres de Daraya est une ode à l’Humanité, rappelant que se raccrocher à un pillier, ici la littérature, permet d’affronter la réalité aussi terrible soit-elle. Ce livre m’a énormément fait relativiser sur mon quotidien et m’a rapprochée plus encore des livres qui sont un moyen de lier les êtres humains entre eux, à travers des lignes communes tracées sur du papier mais qui s’impriment dans l’âme à jamais.

« Bachar al-Assad avait fait le pari de les enterrer tous vivants. D’ensevelir la ville, ses derniers habitants. Ses maisons. Ses arbres. Ses raisins. Ses livres.
Des ruines, il repousserait une forteresse de papier.
La bibliothèque secrète de Daraya. »

« Nous sommes tellement désolés pour ce qui vient de se passer en France.
À Daraya, nous sommes à vos côtés contre le terrorisme. Si nos souffrances n’étaient pas aussi profondes et si les bombardements étaient moins intenses, nous aurions allumé des bougies en signe de solidarité, mais malheureusement nous ne pouvons pas faire grand-chose.
J’espère que vous allez bien et que, là où vous vous trouvez, vous n’êtes pas en danger. Sachez combien nous sommes navrés. Nous vous présentons nos condoléances, à vous et à toute la population française.
Nous savons que, si le terrorisme a malheureusement endeuillé la France, c’est parce qu’elle appuie notre combat pour la liberté.
Nous sommes tellement reconnaissants envers le soutien des Français.
Merci du fond du cœur.


Qui ne serait pas ému à la lecture d’une telle lettre ? Ahmad vit sous une pluie de bombes. Il a perdu tant d’amis, n’a pas vu sa famille depuis quatre ans. À Daraya, son quotidien est une montagne d’urgences. Il a pourtant pris le temps de rédiger ce message, de partager sa compassion.
Un terroriste ne s’excuse pas.
Un terroriste ne pleure pas les morts.
Un terroriste ne cite pas Amélie Poulain et Victor Hugo. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 19 janvier 2018

L'Assassin Royal, Tome 1 : L'apprenti assassin de Robin Hobb

Encore une lecture de 2017 pour une lecture commune sur Accros & Mordus de Lecture ! On n'arrête pas les découvertes grâce au forum !



Quatrième de Couverture
Au royaume des six Duchés, le prince Chevalerie, de la famille régnante des Loinvoyant - par tradition, le nom des seigneurs doit modeler leur caractère- décide de renoncer à son ambition de devenir roi-servant en apprenant l'existence de Fitz, son fils illégitime. Le jeune bâtard grandit à Castelcerf, sous l'égide du maître d'écurie Burrich. Mais le roi Subtil impose bientôt que Fitz reçoive, malgré sa condition, une éducation princière. L' enfant découvrira vite que le véritable dessein du monarque est autre : faire de lui un assassin royal. Et tandis que les attaques des pirates rouges mettent en péril la contrée, Fitz va constater à chaque instant que sa vie ne tient qu'à un fil : celui de sa lame...

Mon avis
J’ai longtemps entendu parler de Robin Hobb et de ses sagas qualifiées d’incontournable en fantasy, puis la lecture commune sur Accros & Mordus de Lecture m’a poussée à enfin me lancer.

L’univers mis en place dans ce premier tome par Robin Hobb est riche en détails et personnages sans que cela ne soit un problème, bien au contraire : on découvre ce monde aux côtés de Fitz, jeune bâtard perdu au cœur de la capitale. Tout son apprentissage nous permet de nous familiariser pas à pas avec l’univers et ça a été avec un grand plaisir que je me suis plongée dans les intrigues et la vie des personnages.
Fitz grandit au fil des pages et se retrouve affublé d’un destin dont il ne peut se défaire et qui va marquer chacune des étapes de sa route. La vie n’est pas simple pour lui qui se forme à travers les épreuves et qui montre un caractère fort qui se forge au fil des pages. S’il est souvent en train de s’apitoyer sur son sort, sur ce qu’on attend de lui, on ne peut que compatir compte tenu de la dureté de la vie qu’on lui réserve.
Les personnages secondaires sont développés, caricaturés mais ils réservent peu à peu des surprises, des nuances : le dessein de chacun se dessine autant que celui de Fitz. Entre alliés et ennemis de notre héros, on navigue en eaux troubles avec comme intrigue secondaire ces mystérieux pirates qui finissent par prendre une place grandissante au fil des chapitres.

L’écriture de Robin Hobb est un des points forts de ce premier tome : le style n’est pas simpliste mais il reste fluide, nous entraine paradoxalement simplement à sa suite pour notre plus grand plaisir. J’ai beaucoup aimé ce tome de mise en place tant par son intrigue que par les mots choisis et je poursuivrai sans aucun doute cette saga.

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jeudi 18 janvier 2018

Communardes ! Tome 2 : Les Éléphants rouges de Wilfrid Lupano et Lucy Mazel

J'ai quelques chroniques en retard de mes lectures 2017 mais je me rattrape ! Je vous présente un tome 2 qui peut sans problème se lire indépendamment dans cette trilogie !



Quatrième de Couverture
Hiver 1870. Prélude de la Commune. Alors que Paris, assiégée par l'armée prussienne, subit le froid et la famine, Victorine, onze ans, passe le plus clair de son temps à s'occuper de Castor et Pollux, les deux éléphants du Jardin des plantes. Cette passion pour les pachydermes a le don d'énerver sa mère, engagée dans le mouvement des femmes qui veulent s'impliquer dans la défense de la ville. Mais Victorine est bourrée d'imagination, et elle veut être à la hauteur des ambitions de sa mère. Nourrie par les exploits des célèbres éléphants d'Hannibal, elle élabore un plan pour libérer Paris. Un plan génial, démesuré, contre lequel Bismarck ne peut rien. Un plan de petite fille livrée à elle-même dans un monde d'adultes...

Mon avis
J’ai poursuivi ma découverte de l’univers des livres graphiques avec le deuxième tome de la saga Communardes ! attirée par la participation de Lucy Mazel. J’ai adoré son style dans Edelweiss et c’est avec plaisir que j’ai retrouvé son coup de crayon.

Les Éléphants rouges est un tome qui nous guide dans la vie de Victorine, une petite fille qui aime l’aventure et jouer des coudes pour se faire une place dans la petite bande de copains dont elle fait partie, des enfants livrés à eux-mêmes la journée pour grappiller quelques sous par les temps durs qui courent. À travers son regard d’enfant, une nouvelle vision du siège de Paris nous est offerte et elle n’est pas si édulcorée que cela : Victorine appartient à un monde qui n’est pas privilégié, elle et sa mère vogue de maisons en maisons, essaient de gagner de quoi se nourrir quand les rations réservées à chacune ne suffisent pas.

Forte de courage et d’ambition, Victorine est l’incarnation de cette jeunesse qui cherche coûte que coûte à se gorger d’espoir pour continuer à trouver une raison de vivre. À travers son plan fou, on vibre, on espère et on déchante… Parce que les choses ne se terminent pas toujours bien et que lutter n’est pas toujours suffisant, surtout lorsqu’on est une petite fille que personne ne souhaite écouter. L’innocence de Victorine, déjà bien touchée par le monde qui l’entoure finit par disparaître complètement lors de son énième combat contre la réalité et m’a touchée.

Un émerveillement pour l’esprit comme pour les yeux avec ce tome qui me fera sans aucun doute acheter et dévorer les suivants.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture