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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

jeudi 29 septembre 2011

Legend Institut Tome 1 : Les Protecteurs de Légendes d'Eric Talard

Paru en 2010 aux Editions Mogador. J'ai acheté ce livre lors de l’événement Aux Chapiteaux du Livre au Domaine de Bayssan et j'ai donc pu faire dédicacer mon exemplaire par l'auteur ! 235 pages.



Quatrième de Couverture
La LEGEND INSTITUT est une organisation secrète qui s'occupe de protéger les légendes à travers la planète. Le Professeur Beaumont, un professeur de renom spécialiste des légendes anciennes et la belle Katia Lerner, une jeune médium croqueuse d'hommes, sont recrutés par l'un des hauts dignitaires de l'institut afin qu'ils deviennent des protecteurs de légendes. Sans se connaître, ils vont découvrir les rouages d'un système chargé d'administrer un monde imaginaire des plus réels, et ceci dans le seul but qu'ils ne remettent jamais en question les grands équilibres historiques et religieux de notre planète. Sauront-ils faire face à cette nouvelle réalité, aux nombreux dangers qui les guettent et aux mystérieux Arkans, d'anciens membres dissidents qui connaissent tout de l'organisation et vendent leurs secrets aux plus offrants ? Pour leur entrée en matière, ils vont se voir confier la plus surprenante des missions... De l'action, de l'aventure et du suspense, cette nouvelle réalité dépasse totalement notre imagination. Alors, découvrez cette mystérieuse organisation qui gère un monde irréel et nous plonge au cœur même de nos rêves les plus lointains. Ce roman a obtenu le Prix du Scénario au Concours International de Los Angeles en 2008.


Mon avis
Le professeur Beaumont, breton d'origine, est spécialiste en matière de légendes. Katia Lerner, elle, vit une vie assez spéciale, arrondissant ses fins de mois en contant la bonne aventure à qui le souhaite. Ces deux-là n'auraient jamais du se rencontrer et pourtant... Ils ont été choisis pour entrer dans le secret... Celui qui concerne la Legend Institut : une organisation dont le but est de protéger les légendes et mythes afin de préserver l'ordre mondial. Seulement, comment exécuter une mission lorsqu'on n'a rien demandé à personne ? Comment s'engager dans une lutte lorsqu'on a du mal à croire en ces légendes ? Et surtout, comment s'en sortir lorsqu'on est envoyé en mission d'urgence sans aucune préparation au préalable ? On se fie à son instinct et ses talents... Que diriez-vous si on vous apprenez que la lampe d'Aladdin existait bel et bien et qu'elle n'était qu'une bombe à retardement actuellement ?

Etant une grande adepte de légendes et mythes en tous genres, je ne pouvais qu'aimer l'histoire de base. De plus, il y a une touche totalement scientifique et qui donne à ce roman un aspect des plus attractifs : la science mêlée aux mythes est LE cocktail qui me fait fondre à coup sûr. On se laisse prendre dans l'intrigue, on lit attentivement les explications que donnent le professeur Senka aux deux nouvelles recrues de l'institut comme si nous étions à leur place, on imagine parfaitement le laboratoire, la superbe bibliothèque qui renferme plus que des livres normaux. On voyage à travers le Moyen Orient, on goûte un peu de la Bretagne, on visite au fil des pages la superbe Cathédrale de Notre-Dame... C'est un régal.

Le duo Beaumont/Lerner est détonnant et il rappelle les deux protagonistes de la série Sydney Fox avec un Beaumont plus attractif bien sûr. J'ai beaucoup aimé leur relation : il n'y a pas d’ambiguïté banale, rien de commun par rapport à d'autres bouquins. L'auteur insiste sur le côté séducteur de Katia et l'admiration que peut lui porter Beaumont mais en aucun cas, cela n'est poussé comme ça peut l'être dans d'autres romans où il faut toujours que les héros soient attirés l'un par l'autre. Là, ça n'est pas le cas et ça permet de rappeler que les êtres humains ne sont pas que des animaux après tout. Beaumont a ce côté sympathique et attirant qui sort des pages pour venir atteindre directement le lecteur : on rigole de ses stupéfactions et on attend avec impatience le moment où il va nous étaler toute sa science ! Pour ce qui est de Katia... Elle me tape un peu sur le système : on a l'impression que sa seule motivation est de ne pas être vue comme une lâche. Il y a tellement plus derrière ça, avec toute cette histoire, que c'est agaçant de la voir se préoccuper uniquement de son image et de son statut de femme émancipée : avoir besoin de prouver sans cesse que l'on est indépendante justement est une marque d'un problème de dépendance au regard des autres justement... Mais une fois dans le feu de l'action, elle oublie cet aspect d'elle-même pour se jeter à corps perdu dans l'action et elle est faite pour ça. Son côté tête brulée est par contre exagéré selon moi, mais ça colle avec son tempérament. Senka et Mélanie sont des personnages qui, je l'espère, seront approfondis par la suite car ils semblent eux aussi former une sorte d'équipe de choc qui promet des répliques animées. Il y a aussi le petit Max qui semble cacher au fond de lui pas mal de mystères... Les personnages à qui l'auteur a donné vie ont absolument tout pour plaire !

En tant que premier tome, ce roman était une mise en bouche : on a surtout vécu l'entrée des deux nouveaux membres dans l'organisation et on a eu droit à quelques rouages. Cet aperçu me donne envie de lire la suite : je veux plonger la tête la première dans les légendes les plus ancrées dans notre culture mais aussi dans toutes les cultures à travers le monde. Je veux de l'histoire, de la science, de l'action et je suis certaine que la suite va m'offrir tout ça ! Je regrette simplement une petite chose dans le style d'Eric Talard : j'ai l'habitude d'en apprendre plus sur les personnages à travers leurs pensées et leurs réflexions mais l'auteur privilégie l'action aux descriptions passives. Cependant, on s'y fait très vite ! Une agréable découverte, une histoire passionnante et une suite qui promet d'être totalement addictive !

C'est parti pour le tome 2 !

mardi 27 septembre 2011

Terrienne de Jean-Claude Mourlevat



Quatrième de Couverture
Tout commence sur une route de campagne...
Après avoir reçu un message de sa soeur, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche et... passe de « l'autre côté ». Elle se retrouve dans un monde parallèle, un ailleurs dépourvu d'humanité, mais où elle rencontrera cependant des alliés inoubliables. Pour arracher sa soeur a ce monde terrifiant, Anne ira jusqu'au bout, au péril de sa vie.
Et se découvrira elle-même : Terrienne.
Vous ne respirerez plus jamais de la même manière.
« On entre dans un roman de Jean-Claude Mourlevat comme dans un rêve. » Lire
« Jean-Claude Mourlevat, cet immense auteur, cet enchanteur. » Anna Gavalda, Elle


Mon avis
Terrienne, c'est l'histoire d'Anne, une adolescente presque femme qui décide de tout mettre en oeuvre pour retrouver sa soeur dès qu'elle a entre les mains un indice, une preuve du fait qu'elle est toujours en vie. Elle va alors devoir entrer dans un monde qui n'est pas le sien et qui va lui montrer à quel point être Terrienne est une bénédiction, à quel point son monde a à offrir. Sa route va croiser celles de personnes complètement différentes d'elle mais qui vont se révéler surprenantes et sans qui, elle ne pourrait atteindre son but... C'est l'histoire de la vie.

Comme à chaque fois, je me laisse littéralement absorbée par l'écriture de JC Mourlevat. il a le don de transmettre avec précision les émotions de ses personnages et c'est réellement beau. C'est sa plume qui fait qu'on s'attache aux protagonistes et qu'on vit littéralement cette histoire. Comme Anne, on tente de cacher notre respiration dès que la situation est critique, comme elle, on sent à quel point ce souffle de vie nous anime et nous est nécessaire, comme elle on prend conscience que notre monde nous offre bien plus que ce qu'on peut espérer. Je suis à chaque fois émerveillée par l'univers que crée Mourlevat, par ses descriptions si prenantes qui me permettent de tout reconstruire au détail près dans mon esprit. Je m'étonne à chaque fois de constater à quel point je m'attache aux personnes et surtout, je me laisse prendre toujours au même piège : mon personnage préféré ne s'en sort pas, j'en pleure mais je trouve ça beau ! J'aime cet aspect, qui me rappelle à quel point la mort de Milos dans le combat d'Hiver m'avait retournée, à quel point j'avais été triste mais aussi à quel point j'avais aimé voir que tout n'est jamais raison, même si l'histoire finit bien...

Anne est un personnage fort qui n'est pas comme tout le monde, elle a un truc, un petit quelque chose que son premier acolyte, Etienne, l'écrivain, perçoit dès qu'elle pénètre dans voiture. Il est le premier à nous dévoiler qui est Anne, ou du moins une partie de ce qui fait son essence... Et les autres suivent cette route : Anne se révèle à travers ses actes, ses paroles, ses pensées mais surtout à travers les autres ! Ils ne l'aident pas pour rien, ils l'aident parce que ça se sent, c'est évident : cette fille se bat pour beaucoup plus que la liberté de sa soeur, elle se bat pour la vie et elle est une personne qui mérite qu'on suive son exemple. Tout au long de cette épreuve, elle prend conscience de son monde, le monde terrien qui fait ce qu'elle est et qui détonne avec l'univers dans lequel elle pénètre. Tout ce silence la perturbe en même temps qu'il nous perturbe, toute cette pression dans l'air, tous ces non-dits, ces réserves, tout cela nous oppresse tandis qu'Anne étouffe à force de devoir cacher sa respiration. Cette métaphore de la respiration est belle, elle est tellement remplie de sens qu'elle en devient le thème du livre : respirer pour se libérer, remplir ses poumons en grand pour profiter de la vie, absorber le tout pour tout rendre et le partager avec les autres. Il y a Mme Stormiwell qui symbolise les traces d'humanité dans ce monde superficiel, sans âme... Elle est l'incarnation de cette marque indélébile laissée malgré les générations, cette résistance du genre humain en elle. Il y a Bran qui est ce peuple libéré par Anne et ses compagnons, il y Gabrielle, cette soeur perdue par qui tout commence. Il y a Etienne surtout, qui incarne la découverte d'Anne à travers cette histoire : cet écrivain qui s'ennuyait dans son monde au point de n'écrire que sur des mondes irréels, des histoires hors de l'humanité et qui grâce à une adolescente retrouve le sens de l'humanité et la joie d'être un être humain dans un monde aussi peu banal que la Terre.

Le message de ce livre est fort et il nous percute sans ménagement, nous secoue dans tous les sens et nous renvoie dans notre si banale vie humaine avec un sourire béat imprimé sur le visage. C'est l'effet Mourlevat, tout simplement. C'est la première fois que l'auteur tente le coup de la Terre dans son oeuvre et c'est un pari plus que réussit puisqu'il transforme notre univers qui nous lasse en une chose précieuse qu'on ne veut plus laisser de côté une fois Terrienne achevé. Voilà ce qui fait d'un excellent roman un chef d'oeuvre : il nous pousse à réfléchir sur nous et nous fait comprendre de nombreuses choses. C'est en cela qu'il est beau : il s'adresse à tout le monde et personne ne peut rester indifférent face à ça. Merci pour tout ça !


A quand le prochain chef d'oeuvre ?

dimanche 25 septembre 2011

Le Blog du moment : Muti et ses livres !


Et c'est reparti pour un tour ! voici mon nouveau coup de ♥ de la toile : Muti et ses livres, blog de Mutinelle (comme l'indique le nom, n'est-ce pas ?). J'aime beaucoup ce que fait Muti, je suis même inscrite sur Morsures & Sortilèges depuis peu alors que je ne lis plus tellement le style de livres abordé sur le forum : pourtant, tout ça me redonne envie de m'y plonger ! En fait, c'est plus qu'un blog coup de ♥, je pense que c'est une lectrice coup ♥ pour cette session.

Enjoy it !

samedi 24 septembre 2011

L'Eté d'Albert Camus

Il s'agit d'extraits de l'oeuvre Noces suivi de L’Été aux éditions folio.



Quatrième de Couverture
Qu'il suive le fil d'Ariane sur les traces du Minotaure pour évoquer Oran et ses alentours, qu'il revisite le mythe de Prométhée à la lumière de la violence du monde moderne, ou qu'il rêve à la beauté d'Hélène et de la Grèce, Albert Camus nous entraîne tout autour de la Méditerranée et ses légendes.


Mon avis
Le résumé que l'on peut trouver en quatrième de couverture est légèrement trompeur puisque ce n'est pas une sorte de recueil de légendes mais plutôt un recueil de souvenirs. Camus livre ici un essai philosophique autour des lieux qui ont marqué sa vie, entre Oran et Alger.

Je suis assez mitigée sur cet ouvrage dans le sens où je ne suis pas très passionnée par les essais, préférant de loin les romans et nouvelles. Certains passages m'ont donc perdue au milieu de pensées assez abstraites de l'auteur. Heureusement, le style de Camus est là et plusieurs passages ont réussi à accrocher mon attention et même à me séduire par leur beauté accessible à la lectrice amatrice que je suis.

Deux passages m'ont particulièrement marquée, à un tel point que j'ai même osé corner les pages pour pouvoir les relire. L'un parle des mythes et du fait que nous les faisons vivre en y croyant, nous les aidons à traverser les siècles en nous y retrouvant, quelle que soit notre époque. C'est en pointant cet aspect de la légende que Camus a réussi à mettre des mots sur ce que je ressens face aux mythes dont je raffole. Le second passage parle d'un fait qui me plait particulièrement au sujet de l'écriture : le fait que le propre du bon écrivain est de pouvoir écrire sur autre chose que lui-même, de pouvoir sortir complètement de son "ego" pour pouvoir créer un personnage qui ne lui ressemble en rien. Il a pris un exemple marquant : Sophocle a-t-il eu besoin de tuer son père et de commettre un inceste pour écrire ? Non. C'est là que je ne peux que saluer le talent immense de Camus qui m'avait déjà convaincue à travers L’Étranger.

Je n'ai sûrement pas saisi toute la subtilité de l'auteur, mais les passages qui m'ont interpellée ont su me toucher.

Un changement de vision agréable !

vendredi 23 septembre 2011

Tess d'Urberville de Thomas Hardy

Paru en 1891. Editions Livres de Poche, 480 pages.



Quatrième de Couverture
Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d'Urberville, un de ses jeunes maîtres. L'enfant qu'elle met au monde meurt en naissant.
Dans la puritaine société anglaise de la fin du xixe siècle, c'est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance.
Thomas Hardy (1840-1928) signe avec cette oeuvre pessimiste, où la richesse des tableaux rustiques du Wessex ne fait que souligner la noirceur de l'univers social, un des chefs-d'oeuvre du roman anglais, magnifiquement porté à l'écran par le cinéaste Roman Polanski.


Mon avis

Ce roman relate la tragique histoire de Tess Durbeyfield, née dans une famille d'ouvriers et dont le père est le descendant d'une ancienne famille noble d'Angleterre, les d'Urberville. A l'annonce de cette nouvelle, les parents de Tess décident de l'envoyer chez la vieille dame du nom de d'Urberville qui vit non loin de chez eux. C'est son fils qui accueille Tess : Alec D'Urberville. Ils ne sont pas apparentés car le père d'Alec n'est pas un vrai d'Urberville, il était juste un homme riche et puissant qui voulait se faire un nom. Tess, trompée par l'innocence de ses seize ans, est séduite malgré elle par Alec. Elle retourne chez ses parents mais le mal est fait : elle met au monde un enfant qui malheureusement, ne survivra pas à une fièvre. On la suit alors à travers ses épreuves, sous le poids de la marque qui lui a été faite. Elle décide de partir pour supporter son fardeau seule, sans que personne n'en subisse les conséquence. Seulement, elle rencontre l'amour, le vrai... Angel Clarke et son amour suffiront-ils à chasser les tours du destin qui semble vouloir faire de la vie de Tess un enfer ? Non, car après tout, son histoire est l'illustration même de la tragédie...

Cela faisait un bon moment que j'avais ce bouquin dans ma PAL et j'en repoussais la lecture pour attendre le moment où j'allais me replonger à fond dans cette passion... Et j'ai bien fait ! J'ai littéralement dévoré ce livre : dans mon lit, tous les jours dans le tram, entre les cours, parfois même en cours... Bref, j'étais absorbée par l'histoire de la douce Tess et par ses malheurs du début à la fin sans avoir une seule fois l'envie de faire une pause. Ce livre confirme mon amour pour la vieille littérature anglaise : après Austen et les soeurs Brontë, Hardy a su me maintenir dans cet amour.

Tess est un personnage si pur, si simple, si bon qu'on se pose une question du début à le fin : pourquoi elle ? Tout son entourage aurait pu mériter ce qu'elle a vécu alors qu'elle non et c'est une sensation terrible. Elle accepte les épreuves, se laisse dévorer de l'intérieur en silence pendant que de notre côté, on a envie de hurler sa souffrance, d'évacuer tous ses maux à sa place. Elle est dotée d'une grande intelligence et sait, malgré le milieu où elle est née et ses lacunes, tirer le meilleur de ce qu'elle apprend au cours de sa vie. Elle a tout d'une grande dame mis à part la naissance et l'éducation : elle aurait du naître à la hauteur de ce qu'elle est intérieurement. C'est un peu la transposition de son histoire : elle est l'un des personnages les plus bons de ce roman mais elle connait plus de malheurs que tous réunis. Elle pense aux autres avant de penser à elle, elle se sacrifie à plusieurs reprises et ne sait pas comment prendre le bonheur quand il lui tend les bras car elle sait que tôt ou tard, elle va devoir la payer bien plus cher que les autres, sa toute petite part de bonheur. Ce n'est vraiment qu'à la fin qu'elle ouvre une brèche dans son bon coeur et qu'elle écrase réellement son innocence : mais même là, on a du mal à considérer ses actes comme mauvais. Elle est une héroïne qui marque l'esprit, qui touche l'âme et qui reste pour tous un modèle, un martyr. Les autres personnages ne sont en fait que des causes du malheur de la pauvre Tess. En premier lieu, ce sont ses parents qui, par leur bêtise et leur envie de reconnaissance, vont la pousser dans la gueule du loup : sa mère voulait qu'elle séduise d'Urberville, elle espérait un mariage. Vient Alec, le mal incarner, la tentation, la cause ultime de la décadence de Tess : par son acte immoral, il brise sa vie, la souille aux yeux des moeurs de l'époque et réapparait dans sa vie alors qu'un espoir se profilait à l'horizon. Il est son bourreau, son signe funeste qui, du jour où il entre dans son champ de vision, la coule vers la fin... Angel, lui, est le rayon de lumière de la vie de Tess et en même temps, il est celui qui trébuche, un peu comme Orphée : il fait une erreur et il provoque le retour de Tess aux Enfers. Il l'aime sincèrement mais ce qu'il pense savoir de la vie le pousse à la rejeter lorsqu'elle lui avoue avoir eu un enfant avec un autre. Son départ provoque le dernier pas vers la fin pour Tess : elle l'attend, l'attend encore mais son passé revient vers elle, comme une vague lui rappelant sa destinée. Quand Angel comprend la réalité des choses et qu'il sait que le passé ne vaut rien, il est trop tard. C'est un personnage sympathique mais voir souffrir Tess tout au long de leur séparation nous pousse à être satisfaits de savoir qu'il va souffrir sur une plus longue durée qu'elle...

Ce roman peint à merveille la société de cette époque, la différence entre le petit peuple, les bourgeois et les gens de castes élevées, les difficultés de vivre une vie respectable alors que rien n'est fait pour... Tess est l'incarnation de la personne innocente qui, uniquement à cause de l'acte immonde d'un homme, se retrouve prise dans un tourbillon de malheurs alors qu'elle n'est pas responsable. Ou alors si : elle est responsable d'être née avec une physionomie agréable. Les descriptions sont intenses, autant dans les paysages que dans les ressentis des personnages. Le style de Thomas Hardy est fluide, très agréable, accrocheur. Il a su écrire l'histoire d'une femme victime de son rang et de son sexe alors qu'il était lui-même un homme dans un monde où la femme n'était pas estimée à sa juste valeur. Dans ce tour là, il a sur se placer en maître, il a su montrer les inégalités entre les deux sexes comme lorsqu'Angel n'accepte pas l'impureté de Tess alors qu'il a lui-même succombé à la tentation. Je suis réellement convaincue par cet auteur et c'est une lecture dont je me souviendrai longtemps et si je sens qu'elle s'effrite dans mon esprit, je m'empresserai de rouvrir mon bouquin pour m'imprégner à nouveau de la beauté de cette histoire...

Tragiquement agréable !

mercredi 14 septembre 2011

Le Blog du moment : Phaenomen Littéraire !


Voici mon nouveau coup de ♥, le forum de quatre webmiss douée de leurs mots et qui ont un certain talent pour faire naître l'envie de lire les romans qu'elles chroniquent. Il s'agit de Phaenomen Littéraire, le blog d'Esmeria, Inesthan, Mutinelle et Dame Elodie. J'aime les couleurs (bravo Esmeria !), le style, le principe... Oui, c'est réellement un petit blog où j'aime me balader régulièrement depuis que je l'ai découvert.

Enjoy it !

Le Mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti

Mon édition est celle de France Loisirs, sous la collection Piment. 221 pages.



Quatrième de Couverture
Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante. C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.


Mon avis

On se retrouve dans un tourbillon de sentiment au coeur d'une passion naissante entre une bibliothécaire veuve et fade en apparence, et un fermier qui glisse sur la pente du vieux garçon bourru. Ces deux personnages radicalement opposés tentent d'apprendre à concilier leurs différences pour vivre leur histoire.

Je m'attendais à mieux. J'ai lu des critiques très bonnes sur ce bouquin qui parlait d'une belle histoire d'amour loin des clichés malgré des personnages caricaturés. La caricature ne m'a pas dérangée mais l'histoire d'amour belle et profonde... D'accord, ça marche du côté de Benny mais du côté de Désirée, c'est pas tout à fait ça. Autant je me suis attachée au petit fermier qui se prend tout sur le coin du nez, autant la bibliothécaire m'a laissée de glace. C'est elle qui ne fait aucun effort alors que l'auteur tente de nous faire croire que les problèmes viennent des deux côtés. Ce n'est peut-être qu'une impression mais c'est comme ça que je l'ai ressenti. Le personnage de Benny est vraiment intéressant : on est face à un type intelligent qui a choisi de rester dans le domaine agricole, domaine que l'auteur juge sans ménagement dans ce roman d'ailleurs. C'est sûrement de là que sort le côté caricatural : elle fait passer les agriculteurs pour des brutes, des gens qui n'ont pas beaucoup d'instruction et c'est ça qui est selon moi gênant. C'est peut-être parce que je viens d'un trou perdu en cambrousse que ça m'a fait cet effet : à mon sens, elle n'a rien creusé du tout. D'accord, Benny est censé être comme ça, là je n'ai rien à redire, mais tous les habitants que l'on croise sont comme lui ! Et pour Désirée... Je la trouve froide et sans intérêt. Elle ne donne pas envie d'être creusée et quelque part, le personnage d'Inez voit juste. Je pense que c'est de là que sort ma déception.

Après, le roman en lui-même est intéressant : les deux avis qui s'affrontent dans l'alternance des points de vue au fil des chapitres, les obstacles qu'ils rencontrent, le fait que ce soit une histoire difficile et non toute rose... S'il n'y avait pas eu Benny, je crois que je n'aurais pas aimé ce roman. Mais, malgré ma déception, je me suis laissée prendre jusqu'au bout : on peut ne pas être séduit par tous les aspects sans pour autant détester entièrement l'ouvrage ! Ce bouquin reste une très bonne lecture, un agréable moment. Je le conseille à tous ceux qui n'ont pas peur des clichés et qui aiment le contraste ville/campagne.

Vive les agriculteurs !

jeudi 8 septembre 2011

Ma meilleure ennemie de Maggie Robb

Roman tiré d'un scenario de Gigi Levangie & Jessie Nelson & Steven Rogers & Karen Leigh Hopkins & Ron Bass. Film réalisé par Chris Columbus. Sorti en 1999 et adapté par Maggie Robb au format papier la même année.



Quatrième de Couverture
Jackie gère sans heurts apparent son divorce avec Luke, le père d’Anna et de Ben, jusqu’à l’arrivée d’Isabel dans la vie de son ancien mari. Dès lors, elle attise avec intelligence, la haine des enfants contre leur nouvelle belle-mère.
Un jour, pourtant, Jackie découvre qu’elle est atteinte d’un cancer. Tout bascule. L’épreuve devient révélation et bien des choses vont changer.
Un roman plein de tact traité avec une réelle sensibilité.


Mon avis

Le résumé de la quatrième couverture ne me semble pas exprimer la réalité de ce bouquin, du film qui est né avant le bouquin d’ailleurs. En réalité, il s’agit de l’histoire de Jackie, divorcée et mère de deux enfants de 7 et 11 ans, qui ne vit que par eux et pour eux. Ils sont son quotidien, ses envies, ses espérances, son passé, son présent et son futur. Elle fait tout pour eux. Et puis arrive Isabel, nouvelle copine de son ex-mari qui elle, semble être celle qui va partager la fin de la vie de celui-ci. Elle a peur que ses enfants voient en elle une nouvelle mère, une mère plus jeune, plus « cool », plus tout. C’est là qu’elle décide, sans s’en rendre compte, de transférer son mauvais jugement vers ses enfants qui mènent alors la vie dure à Isabel qui elle, de son côté, tente tout pour les rendre heureux et faire de son mieux. Jackie ne lui laisse rien passer car elle s’inquiète : la garde partagée lui laisse déjà un grand vide alors elle se dit qu’une nouvelle mère ne ferait qu’accentuer tout ça. Et puis vient le jour de l’annonce, non pas de son cancer, mais de sa rechute : une grosseur au sein qu’elle avait combattue un an plus tôt à coup de rayons et qui s’est finalement montrée plus forte… Elle commence à se rendre compte que c’est Isabel qui va l’aider, mieux que les autres, à surmonter ça et à se préparer : se préparer signifie pour elle être certaine que ses enfants continueront à vivre une belle vie une fois qu’elle ne sera plus là…

C’est une histoire de mise au point, de mise face à la réalité et de changement. La quatrième de couverture nous fait croire que c’est une rivalité entre deux femmes pour un homme alors que ça ne survient à aucun moment, pas un seul. Jackie ne regrette pas son divorce, elle regrette juste de ne pas avoir senti l’amour se détériorer.

Jackie et Isabel sont deux personnages forts de caractère et qui prennent tout leur sens au fil des pages. Jackie est une mère forte, une femme forte. Elle fait tout elle-même. Elle ne peut laisser personne lui prendre son rôle, elle sait qu’elle en est capable alors qu’elle ne sait pas ce que les autres peuvent faire ou non. Quand il s’agit de ses enfants, elle a peur : peur que quelque chose ne leur arrive donc elle s’occupe d’eux, les couves parfois trop de son amour. Cette réserve, cette force la poussent à vivre l’arrivée de son cancer seule et à le combattre une fois. La rechute, elle la vit seule, au début. Elle la cache et tente de faire bonne figure mais c’est peine perdue car Isabel l’observe et se rend compte que quelque chose cloche. Et puis une fois tout ça révélé, elle se laisse aider et elle apprend à lâcher du leste, à autoriser une autre qu’elle à s’occuper réellement de ses petits. Sa quiétude face à la mort est déconcertante et belle à la fois : elle se sent prête, ou presque, une fois qu’elle sait que ses enfants iront bien. Isabel, elle, est la confiance incarnée dans ce qu’elle fait puisque c’est ce qu’elle choisit : les enfants de Luke, elle ne les a pas choisis. Elle a peur, elle doute sans cesse et surtout, le poids du regard de Jackie dans son dos lui fait mal. Elle se bat pourtant, elle fait de gros efforts tout au long de cette histoire, c’est le personnage qui fait le plus de concessions, qui acceptent les merdes pour le bonheur des deux petits. Elle est belle dans cette façon d’être. Elle voit en Jackie un modèle qu’elle admire et qu’elle suit et c’est elle qui voit ce modèle se détériore et qui met les pieds dans le plat. Luke, lui, subit. C’est l’histoire de deux femmes ennemies qui vont se rapprocher et lui, il regarde. Il joue le tampon entre les deux aussi mais il ne se doute pas de la moitié des choses qui se produisent.

J’ai vu le film environ deux ou trois fois avant d’enfin lire le livre qui traine depuis des années dans la bibliothèque de ma mère. Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, elle est juste sublime. Elle est prenante, belle, sincère et peut ressembler à celle de n’importe qui. Toutes les émotions et toutes les épreuves sont tellement proches de la réalité qu’on se laisse absorber du début à la fin. Les thèmes abordés sont banals et c’est ce qui rend tout ça si beau. En ce qui concerne le roman, et bien, en lui-même, je suis déçue : écrit à partir du scenario du film, il n’apporte pas beaucoup plus à l’histoire. On a l’impression de lire le script du film sans surprises ou ajouts. Le film est tellement bien fait que les détails sur le caractère des personnages apportés dans ses pages sont déjà visibles dans l’œuvre de Columbus. L’histoire est superbe mais si vous avez vu le film, il n’est pas utile de lire le livre. Pour l’inverse : regardez-le car les actrices sont justes parfaites !

Une superbe histoire à voir à l’écran, à lire si vous préférez le format papier mais où les deux ne sont pas nécessaires.

Âmes sensibles : équipez-vous de mouchoirs !

mercredi 7 septembre 2011

Raison et sentiments de Jane Austen

Roman publié pour la première fois en 1811 sous un pseudo anonyme "A lady".



Quatrième de Couverture
Raison et sentiments sont joués par deux sœurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l’imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIe siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.


Mon avis

Raison et sentiments raconte l’histoire d’Elinor et Marianne, deux jeunes sœurs, à travers les épreuves qui suivirent le décès de leur père bien-aimé. Etant les enfants de son second mariage, c’est leur frère aîné, John Dashwood, qui hérite de la fortune familiale. Mrs Henry Dashwood ne reçoit que le minimum pour élever Elinor, Marianne et Margaret, sa plus jeune fille. Henry Dashwood avait fait promettre à son fils de tout faire pour le bonheur de sa femme et ses sœurs et ce dernier y consentit volontiers. Seulement, sa femme d’une nature profondément égoïste, y voyait là une perte considérable dans les biens de leur propre enfant. Elle réussit à convaincre son mari de ne donner que quelques livres de convenance à sa belle-mère et ses sœurs en lui assurant que c’était cela qu’entrevoyait son père.
Mais Elinor s’est laissée surprendre par la force de ses sentiments pour le frère de sa belle-sœur, Edward Ferrars : ils s’apprécient et profitent tant qu’ils le peuvent de la compagnie de l’autre. Seulement, Mrs John Dashwood n’est pas encline à cette préférence et tout est fait pour séparer ces deus êtres et mettre un terme à cette affection naissante. Les femmes Dahswood sont forcées de constater qu’on ne veut leur bien et elles quittent Norland, leur cher Norland qui ne leur appartient plus pour un cottage à Barton Park où elles ont de la famille. Elinor réussit à masquer son chagrin ce que Marianne ne comprend pas réellement, elle pour qui tout sentiment ne peut être caché aux autres. John Middleton, ce parent, est heureux de les voir arriver et les met immédiatement en relation avec toutes ses connaissances dont fait partie le colonel Brandon, un homme de trente-cinq ans qui tombe immédiatement sous le charme de Marianne qui elle, tombe éperdument amoureuse de Willoughby qu’elle rencontre par un hasard, alors qu’elle se foule la cheville. Et puis ces deux hommes partent. Edward vient les voir mais ne reste trop longtemps, laissant à nouveau Elinor avec ses sentiments qu’elle ne peut exprimer. Les jeunes filles sont alors embarquées par Mrs Jennings, belle-mère de Sir John Middleton, à Londres où elles vont toutes deux être confrontées à leurs amours mais surtout à leurs déceptions… Londres est une ville où tout n’est que commérage, mensonge, enrobage de vérité et mesquinerie et ce sont les douces sœurs Dashwood qui vont en faire les frais…

Elinor et Marianne sont deux héroïnes totalement différentes qui vont vivre des épreuves amoureuses pas si éloignées l’une de l’autre. Elinor représente la raison, la réserve, la contenance : elle est capable de masquer ses sentiments vifs, de les laisser en elle quand cela est nécessaire. Il ne faut pas confondre cela avec de l’hypocrisie, non : c’est une réserve qui lui permet de se comporter au mieux dans cette société où les manières permettent de vous classer au sein des autres individus. Elle est la modération, la fille sage qui réfléchit avant d’agir et qui ne se laisse pas envahir par la force des émotions en apparence. Son bon sens permet de maintenir l’équilibre nécessaire au duo qu’elle forme avec Marianne qui elle, vit dans le vif de l’émotion. Elle ne cache pas ses sentiments, elle s’exprime avec un naturel plaisant, elle aime la force de ses passions, aime à laisser transparaître mais surtout à voir transparaître la beauté du monde dans un regard, dans une expression de visage, dans une parole. Elle s’emballe, court vers la puissance du sentiment. Elle ne se retient pas et se laisse aller à la joie ou la peine tout en ne choquant pas son entourage, tout en conservant un savoir-vivre à toute épreuve. La mère des deux jeunes filles tend plus vers le caractère de Marianne et c’est à la raison d’Elinor qu’elle prête une oreille plus qu’attentive. Vient alors le Colonel Brandon, un homme réservé mais droit et touchant pour celui qui sait creuser sa carapace. Il est habité part les meilleurs intentions du monde et se meurt d’un amour à sens unique pour la délicieuse Marianne qui éveille en lui de douloureux souvenirs. Du début à la fin, tout n’est fait que pour le bonheur des autres. Il s’inquiète pour ses amis et cherche à les aider du mieux qu’il le peut. Son côté réservé est en accord avec son histoire. C’est sûrement le personnage masculin qui m’a le plus touchée : on veut son bonheur même si l’on voit en lui un éternel solitaire. Sa fin heureuse nous comble autant que celle d’Elinor. Willoughby est un jeune homme qui ressemble beaucoup à Marianne : même goûts, même facilité d’expression, une compagnie agréable, le sourire facile quand tout va bien, un charme irrésistible… Mais il est aussi bien cachotier et un peu trop épicurien. C’est cette oisiveté qui va le perdre et le mener à bien des déboires… Enfin, Edward Ferrars est sûrement le personnage des cinq que l’on voit le moins mais qui a une importance de la première à la dernière page contrairement aux deux autres figures masculines. Il est entre Brandon et Willoughby : réservé mais bien élevé. Il cache ses sentiments, un peu comme Elinor et est guidé par sa raison, se laissant parfois surprendre par la force de ses sentiments qu’il relègue au second plan et qu’il oublie jusqu’à ce qu’il comprenne qu’ils sont trop intenses. Son honneur en fait un homme qu’on apprécie et qu’on respecte : il est prêt à aller au bout de son engagement au détriment de son propre bonheur et ça, c’est ce qui fait tout son caractère et son bon cœur. Les autres protagonistes sont accessoires, ils sont répartis en opposants et adjuvants mais ont chacun leur rôle à jouer. La femme de John Dashwood provoque la perte de ses frères en voulant éloigner Elinor d’Edward : elle est celle qui introduit complètement Lucy Steele dans sa famille et qui va mettre en scène la décadence de ses frères. Mrs Ferrars est aussi mauvaise et antipathique que sa fille : elle s’en mord les doigts et on en est bien contents. Lucy Steele est le personnage le plus détestable de ce livre : on regrette son issue, on aimerait la voir découverte que chacun puissent comprendre à quel point elle est manipulatrice. Ses mauvaises manières qui peuvent être touchantes chez certains protagonistes sont irritantes chez elle : elle s’impose et évince tout son petit monde à son propre profit. Même miss Steele, sa sœur, en fait les frais. Mrs Jennings est un peu la vieille commère du quartier qu’on écoute d’une oreille distraite mais qu’on apprécie pour sa gentillesse et ses actes parfois trop indiscrets. Même si elle n’est pas toujours d’une grande aide, son bon fond répare toutes ses maladresses. Le couple Middleton est sympathique mais sans plus : rien ne nous pousse à vouloir creuser au-delà, tout comme pour le couple Palmer.

Entre les deux sœurs, ma préférence va à Elinor : elle est sûrement celle qui souffre le plus dans ce roman, même Marianne qui pourtant tombe malade à cause de ses souffrances n’a pas vécu la moitié de ce qu’à vécu son aînée. Toutes les injustices qu’elle endure, les coups bas qu’elle encaisse font qu’on veut qu’elle obtienne une issue heureuse et que tous ses assaillants paient le prix forts. Elle est décriée par les Ferrars alors que c’est elle qui se démène pour aider Edward lorsqu’il est en mauvaise posture et c’est elle qui est animée des sentiments les plus honorables envers cet homme. Elle est la cible de l’extrême perversité de Lucy Steele et cette garce enfonce jour après jour le couteau, le tournant dans tous les sens en souriant : Elinor encaisse et ne dit rien. Elle supporte et emprunte le chemin de l’acceptation, du deuil de son amour au profit de Lucy qui elle, a reçu la promesse d’un engagement. Elle est la confidente de tout ce beau monde qui ne se soucie pas une seconde de ce que ça induit pour elle : elle sait tout et surtout, elle sait des choses qui l’enfoncent encore plus dans ses malheurs. Le naturel de Marianne m’a beaucoup plu, sa passion pour les choses de la vie et sa façon d’aimer pleinement sont appréciables. Elle est superbe, elle sait créer chez le lecteur un attachement sincère et est souvent le personnage favori d’après ce que j’ai pu lire. Seulement, je me suis plus attachée à la force d’Elinor et à ses efforts, à son côté modéré et à son amour inconditionnel pour sa famille, amour pour lequel elle se refuse à montrer ses souffrances. Elinor est une héroïne comme je les aime, à l’image d’Elizabeth Beckett d’Orgueil et Préjugés. Austen peint à la perfection ces femmes fortes qui savent faire le lien entre bon sens, tenue en société et force de caractère. Un beau mélange pour cette époque où la femme n’était pas encore autorisée à exister en tant qu’individu.

Comme les autres œuvres d’Austen que j’ai eu plaisir à lire, ce roman m’a transportée dans cette époque où l’amour nait dans un regard, dans une conversation, dans une inclination particulière et où il grandit dans des circonstances où nous, pauvres êtres modernes, nous ne pourrions même pas faire attention à notre voisin. Je suis à chaque fois impressionnée par sa façon de nous faire ressentir l’amour entre deux personnages sans qu’ils ne puissent se parler ouvertement, sans qu’ils ne puissent se toucher, se sentir… C’est superbe de pouvoir, à notre époque, pouvoir ressentir les premiers émois d’une jeune fille d’un autre temps auquel nous aurions tant de mal à aimer sans pouvoir exprimer pleinement nos sentiments. Les héroïnes ne peuvent se fier à leurs cinq sens comme nous nous plaisons à le faire et pourtant, Austen réveille chacun de ses cinq sens chez nous pour qu’on puisse ressentir les mêmes émotions que les sœurs Dashwood. Un véritable coup de maître ! Les paysages sont décrits avec une telle exactitude, les sentiments peints avec émotions, les personnages si vivants… On ne peut que se laisser envahir par son écriture et tomber dans une addiction qui ne finira jamais. On goûte à Austen et ça devient comme le chocolat : on en veut plus ! Sa vision de son époque et franche, elle ne se cache pas derrière des non-dits mais repousse les limites sans tomber dans la caricature extrême : elle dénonce les problèmes de castes et leurs obstacles à certains amours qui devraient pourtant brûler ardemment.

Je le conseille à tous ceux qui aiment le genre, les romans d'époque, les histoires d'amour et à ceux qui sont curieux. Je le conseille aussi aux autres car c'est un vrai délice !

Merci Jane d’avoir existé.

lundi 5 septembre 2011

Le Blog du Moment : Charabistouilles !


Let's Go ! Voici mon premier coup de coeur blog du mois, le blog de Bykiss, Charabistouilles. Je ne sais pas pourquoi, c'est un blog qui m'a tapé dans l'oeil dès mon premier passage. J'y vais régulièrement depuis, je lis les critiques que je trouve très constructive et j'aime beaucoup les couleurs joviales. Je vous le conseille vivement. Bravo Bykiss !


Enjoy it !